Mode

Le Palais Galliera rouvre

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 15 octobre 2013 - 698 mots

PARIS

Le Musée a retrouvé son lustre d’antan, et offre sa première rétrospective au couturier Azzedine Alaïa.

Paris - La vie a enfin réinvesti le Palais Galliera. Si le Musée de la mode de la Ville de Paris, occupé à organiser des expositions hors les murs à Paris et à l’étranger, n’a jamais cessé de tourner à plein régime pendant ces quatre années et demie de fermeture, l’élégant palais d’inspiration Renaissance du 16e arrondissement est sorti de sa torpeur pour retrouver la chaleur des visiteurs. 5,9 millions d’euros, apportés par la direction du patrimoine et de l’architecture, la direction des affaires culturelles et l’établissement public Paris Musées, ont été nécessaires à la remise en beauté du lieu tombé (par erreur) dans l’escarcelle de la Ville de Paris – si son notaire ne s’était pas trompé, la duchesse de Galliera en aurait fait don à l’État. Le défi était double : le palais inauguré en 1895 devait à la fois retrouver son lustre d’antan et répondre aux nouvelles exigences de confort muséal. À cet effet, un accès pour visiteurs en fauteuil roulant a été ouvert, le système de sécurité incendie a été remis aux normes, le réseau électrique et le dispositif de vidéosurveillance ont été modernisés. Concernant les travaux d’embellissement, la cour intérieure a retrouvé un aspect parisien très chic grâce à des pavés venus remplacer un vilain bitume ; les statues ornant les façades ont été bichonnées ; les larges baies vitrées sorties des ateliers de Gustave Eiffel, restaurées…

À l’intérieur, les salles ont retrouvé leurs couleurs d’origine (rouge pompéien pour les murs, noir brillant pour les boiseries), les mosaïques du sol et les parquets, occultés pendant des années, ont refait leur apparition, et l’éclairage a été revu. Le musée a aussi reçu l’appui de différents mécénats de compétence, dont le plus visible est la moquette graphique signée Christian Lacroix qui habille l’accès aux étages et les bureaux. Enfin, le bâtiment temporaire extérieur réservé aux ateliers d’enfants a été enlevé – les activités pédagogiques se déroulent désormais dans les salles.

Collections fragiles
Lors du week-end inaugural exceptionnellement gratuit d’accès, organisé les 28 et 29 septembre, le musée a accueilli 8 500 visiteurs et les catalogues de l’exposition « Alaïa » sont partis par centaines – « Fashion week » oblige. Présentées sur de minces plateaux noirs, les robes du couturier d’origine tunisienne sont sculptées par un éclairage discret. Cette scénographie imaginée par le designer Martin Szekely (qui a également signé les banques d’accueil) joue la proximité avec l’œuvre et ses matières – ce que la présentation dans les vitrines théâtralisées des salles du Musée de la mode des Arts décoratifs à Paris n’autorise pas.

À Galliera, l’intimité fait le spectacle. Réalisée en accord avec le couturier, cette mise en scène est à usage unique. Les lourds rideaux de velours couleur chocolat, qui obturent les larges baies vitrées, sont en revanche destinés à rester. Dommage toutefois qu’ils entravent la vue, non seulement sur la fraîcheur des salles rénovées, notamment les grotesques des plafonds, mais aussi sur les élégants jardins à la française. Non par coquetterie de la part du scénographe, mais parce que futilité de la mode rime avec fragilité des matériaux. Rappelons ici que le musée, dont les collections (vêtements, le cabinet d’arts graphiques et une partie des archives documentaires) ont été transférées dès 1994 dans un centre de réserves situé au cœur de Paris, n’est pas en mesure de présenter des expositions permanentes. Les exigences de conservation des tissus sont comparables à celles des dessins : quatre mois d’exposition suivis de quatre ans à l’abri dans les réserves.

Alternance entre le patrimoine et la mode
Le Palais Galliera vivra donc au rythme de ses expositions, monographiques ou thématiques, qui alterneront patrimoine et mode contemporaine, tandis que se poursuit sa politique d’expositions hors les murs – ainsi « Roman d’une garde-robe », au Musée Carnavalet, à Paris, jusqu’au 16 mars 2014. En attendant un vaste panorama sur la mode des années 1950, en juillet 2014, le palais reprendra son souffle avec « Papier glacé », une présentation de 150 tirages de photographies de mode signés par les plus illustres contributeurs des revues du groupe de presse américain Condé Nast.

En savoir plus

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Légende Photo :
Façade du Palais Galliera restauré. © Photo Di Messina

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°399 du 18 octobre 2013, avec le titre suivant : Le Palais Galliera rouvre

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