Réouverture

Le Musée Fabre voit grand

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 27 juillet 2007

Entièrement rénové et étendu, l’établissement montpelliérain rouvre après cinq années d’un chantier colossal. Ses collections ont bénéficié d’importantes campagnes de restauration.

MONTPELLIER - Situé sur la promenade de l’Esplanade Charles de Gaulle, le Musée Fabre de Montpellier s’inscrit, enfin, de plain-pied avec sa ville et se révèle au public sous un jour totalement nouveau. Cinq années de travaux, pour plus de 62 millions d’euros, menés sous la houlette du cabinet d’architectes Brochet-Lajus-Pueyo, ont été nécessaires pour transformer l’institution. Cet ensemble jadis disparate, composé d’un ancien collège des Jésuites datant du XVIIe siècle, d’un hôtel particulier du XVIIIe et d’extensions du XIXe, propose aujourd’hui un parcours cohérent et fluide sur plus de 9 000 m2. Le départ de la bibliothèque municipale avait déjà libéré 4 000 m2 ; 3000 m2 supplémentaires ont été creusés en sous-sol pour y installer des réserves, la salle d’exposition temporaire et l’accueil, décrit par ses concepteurs comme une « sorte de crypte bétonnée » éclairée par des fentes de lumière naturelle. Pour y accéder, il suffit de suivre La Portée de Daniel Buren, un chemin de 40 mètres le long duquel se déploient les célèbres bandes, conduisant le visiteur depuis l’Esplanade jusqu’aux premières œuvres. « Le parcours a été conçu comme un jeu permanent entre des zones de circulation et d’accrochages, des espaces lumineux, d’autres plus sombres, des salles en bois, d’autres avec des matériaux froids », précise le directeur du musée, Michel Hilaire. De nombreuses ouvertures intérieures et fenêtres sur l’extérieur permettent de facilement se repérer. Depuis l’entrée, le visiteur a le choix : soit accéder aux salles d’expositions temporaires, soit démarrer le parcours permanent en passant par la lumineuse Cour Germaine Richier, traitée à la chaux et recouverte d’une verrière. Cet espace dépouillé distribue les salles consacrées à l’art flamand et hollandais, élaborées comme de petits cabinets intimes et bas de plafond. Pour s’accorder au mieux avec les œuvres, les architectes ont imaginé diverses solutions d’éclairage : des puits de lumière pour la galerie des Colonnes, un plafond suspendu pour les salles voûtées de l’ancien collège abritant les collections du XIXe siècle, ou encore des plaques de verre diffusantes pour la galerie des Griffons où trônent les peintres italiens et français du Grand Siècle – saluons au passage la restauration de la frise néoétrusque imaginée par Thomas Baroffi. Les couleurs des murs s’adaptent, elles aussi, aux écoles présentées, comme ce rouge Esterel choisi pour la grande peinture d’histoire des XVIIe et XVIIIe siècles située dans la galerie des Colonnes. Pour manifester le passage d’un bâtiment à l’autre, un petit espace traité en wengé (un bois exotique sombre) propose au visiteur de se poser ou de consulter des bornes interactives. Située de part et d’autres des deux cours extérieures du musée, la galerie des sculptures, très lumineuse, présente les œuvres d’Houdon, Pajou, Canova ou Bartolini, tandis que le cabinet des arts graphiques – élément muséographique qui faisait cruellement défaut à l’ancien musée – dévoilera par roulement les plus belles feuilles des 4 000 pièces que compte l’institution.
Tout au long du parcours, le musée rend hommage à ses donateurs, à commencer par son fondateur, François Xavier-Fabre (1766-1837), qui dota le modeste musée municipal d’une collection d’exception. Grand Prix de Rome, il légua à la ville en 1824 des peintures de Raphaël, Le Guerchin, Poussin, Girodet ou Rubens. Suivirent ensuite Antoine Valedau (1777-1836) qui compléta la collection avec des toiles signées Bourdon, Greuze, Girodet, Prudhon ou Reynolds, puis Alfred Bruyas (1821-1877). Ami de Courbet, il lui acheta plusieurs toiles dont les célèbres Baigneuses, La Rencontre ou L’Autoportrait au col rayé. Collectionneur frénétique, il commanda aussi des œuvres à Corot, Millet, Théodore Rousseau, et acquit Les Femmes d’Alger dans leur intérieur de Delacroix. Plus récemment encore, en novembre 2005, Soulages offrit au musée vingt toiles de grands formats datant de 1951 à 2005. Enrichie d’une dizaine d’œuvres que l’artiste a prêtées pour l’inauguration du musée, la donation est accrochée dans le pavillon de 600 m2 spécialement créé pour l’occasion. Sa façade en écaille de verre, doublée à l’intérieur par de grands panneaux translucides, crée un éclairage zénithal mettant parfaitement en valeur les toiles Outrenoir. Aujourd’hui, le musée poursuit sa politique d’enrichissement (lire l’encadré), mais, précise Michel Hilaire, « il s’agit surtout de renforcer nos points forts, et non de combler nos lacunes ». Et de s’ouvrir à la création du XXe siècle, comme en témoigne l’exposition d’ouverture consacrée au galeriste Jean Fournier (lire ci-dessus). Un geste fort pour ce musée qui, trop longtemps confiné dans ses espaces, souhaite aujourd’hui s’inscrire pleinement dans son époque et dans sa ville.

Musée Fabre

39, boulevard Bonne-Nouvelle, 34000 Montpellier, tél. 04 67 14 83 00, tlj sauf lundi et jours fériés, 10h-18h, 13h-21h le mercredi et 11h-18h le dimanche. Catalogue, Guide du Musée Fabre, éditions RMN, 232 p., 15 euros. p Coût total des travaux : 62 713 000 millions d’euros (44 413 000 euros de la Communauté d’Agglomération de Montpellier, 15 500 000 euros de l’État et 2 800 000 euros du Conseil Régional Languedoc-Roussillon) - Surface accessible : 9 200 m2 - Surface de l’exposition permanente : 6 500 m2 - Nombre d’œuvres présentées : 800 - Surface de l’exposition temporaire : 1 000 m2 - Architectes : cabinet Brochet-Lajus-Pueyo - Équipe scientifique : Michel Hilaire, conservateur en chef et directeur ; Olivier Zeder, conservateur en chef ; Sylvain Amic, conservateur ; Jérôme Farigoule, attaché de conservation

Jean Fournier, chantre du contemporain

Pour son inauguration, le Musée Fabre rend hommage au marchand d’art Jean Fournier. Décédé l’année dernière, il préparait depuis juin 2005, pour le musée, une exposition sur l’activité de sa galerie sur plus de cinquante ans. Spécialiste de l’art abstrait d’après-guerre, il avait travaillé sur la collection contemporaine de l’institution, participant à la création de la salle Simon Hantaï et à l’enrichissement du fonds Support-Surface. Parmi les artistes présentés figurent Bernard Piffaretti, Joan Mitchell, Jean Degottex, Simon Hantaï, Jean-Paul Riopelle ou Sam Francis. Les espaces temporaires du musée accueilleront ensuite (du 2 juin au 9 septembre) un ensemble de chefs-d’œuvre impressionnistes conservés aux États-Unis, dans le cadre du réseau Frame (French Regional and American Museums Exchange). Parallèlement, l’équipe scientifique prépare la vaste rétrospective « Courbet » organisée l’automne prochain avec le Musée d’Orsay.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°252 du 2 février 2007, avec le titre suivant : Le Musée Fabre voit grand

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