Dimanche 18 février 2018

Art islamique

Le Musée du Koweït va renaître

Le Journal des Arts

Le 12 octobre 2007

L’architecte Tim Culbert va redessiner l’intérieur du bâtiment conçu dans les années 1980 par le Français Michel Ecochard.

NEW YORK - Quatorze ans après l’invasion du Koweït par les troupes de Saddam Hussein, le seul signe visible des sept mois d’occupation irakienne est la charpente incendiée du Musée national du Koweït (MNK). Lorsque les soldats irakiens furent chassés du pays, en 1991, par les forces militaires étrangères, la collection d’art islamique du musée fut pillée et la quasi-totalité des salles, dévastée par le feu. Aujourd’hui, le musée est sur le point d’être restauré et agrandi par un cabinet d’architectes new-yorkais, Imrey Culbert Architects. Tim Culbert, qui a notamment collaboré avec Jean Nouvel, redessinera avec son équipe  l’intérieur du bâtiment, conçu dans les années 1980 par l’architecte français Michel Ecochard, et adjoindra deux pavillons au site.
L’institution avait ouvert ses portes en 1983 pour abriter la collection d’État ainsi que l’extraordinaire collection particulière d’art, de bijoux, de tapis et d’objets d’art islamique appartenant au cheikh Nasser Sabah al-Ahmad al-Sabah, membre de la dynastie dirigeante du Koweït. La collection du cheikh était conservée dans un département distinct du musée, connu sous le nom de « Dar al-Athar al-Islamiyya » (Maison des antiquités islamiques). En 1991, la plupart des pièces de la collection furent convoyées vers Bagdad dans des camions militaires, sous la supervision d’archéologues irakiens.
Après la reddition de l’Irak, le retour des objets volés était inclus dans la résolution des Nations unies consécutive au cessez-le-feu. Ce n’est que récemment que des représentants de la famille Al-Sabah ont pu faire le voyage jusqu’en Irak pour récupérer les pièces spoliées.
Les conservateurs du MNK estiment qu’il manque encore entre 56 et 59 œuvres d’art, parmi lesquelles une porte gravée du Maroc du XIVe siècle et trois émeraudes taillées d’Inde. Ces dix dernières années, certains objets disparus sont apparus sur le marché en Jordanie, tandis que Sotheby’s Londres proposait une dague incrustée de joyaux, datant du règne de l’empereur Akbar (XVIe siècle), en 1996, avant que la pièce ne soit identifiée et retirée de la vente. Les conservateurs de la collection Al-Sabah craignent que des pierres précieuses aient été desserties de leurs cadres et revendues séparément.

Nature spirituelle des objets
Alors que le musée restait à l’état de ruine, les 2 500 objets récupérés de la collection Al-Sabah étaient entreposés près de la résidence familiale, à une trentaine de kilomètres de Koweït City. Une sélection de l’ensemble a d’ailleurs fait partie d’une exposition qui a fait le tour des États-Unis en 2001, « Les trésors du monde : les objets d’art indien ornés de pierreries au temps des Moghols ».
Le projet de Tim Culbert, que celui-ci espère mener à terme d’ici à la fin 2006, s’articule sur deux édifices : l’un de 3 000 mètres carrés, l’autre de 4 000 mètres carrés. La collection Al-Sabah réintégrera le musée une fois les travaux achevés. Tim Culbert nous a spécifié qu’il avait l’intention de substituer une pierre de taille au revêtement extérieur du bâtiment, et d’exposer les voûtes architecturales dessinées par Michel Ecochard. L’architecte décrit cet édifice des années 1980 comme un exemple de la mission utopique et obsolète que se sont donnée des Occidentaux d’apporter le modernisme au Moyen-Orient, à l’instar de la cité indienne de Chandigarh imaginée par Le Corbusier. Son travail consiste selon lui à « essayer de renforcer la nature spirituelle des objets ». « Nous ne les considérons pas seulement pour leur valeur esthétique », soutient-il. L’orientation vers La Mecque du bâtiment et de divers objets de la collection est également prise en considération, tout comme l’utilisation de la lumière naturelle du climat désertique.
D’après Tim Culbert, le budget du projet reste incertain, mais pourrait s’élever entre 20 et 70 millions de dollars (16 et 57 millions d’euros).
Ce cabinet d’architectes a été choisi après une recherche initiale menée par l’Unesco, qui est responsable de la gestion et de la préservation historique du musée, comme de la restauration et de la documentation des objets de la collection Al-Sabah. Le projet d’Imrey Culbert a par la suite suscité l’approbation de cheikha Hussa al-Sabah, l’épouse de Nasser al-Sabah et directrice de la Maison des antiquités islamiques.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°195 du 11 juin 2004, avec le titre suivant : Le Musée du Koweït va renaître

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