Mardi 21 septembre 2021

Musée

Le Mans va redéployer ses musées

Par Lorraine Lebrun · lejournaldesarts.fr

Le 14 décembre 2020 - 1057 mots

LE MANS

Les collections seront regroupées dans trois lieux à l’identité plus affirmée. L’occasion de moderniser les services.

Alice Gandin. © Ville du Mans
Alice Gandin.
© Ville du Mans

L’information a été solennellement annoncée lors d’une conférence de presse le 8 décembre dernier : la ville du Mans entend réorganiser son offre muséale de fond en comble. Une ambition de son maire, l’ancien ministre Stéphane Le Foll (PS), explique au Journal des Arts, Alice Gandin, directrice des musées de la ville depuis août 2019. Une ambition politique donc, mais qui répond aussi à des nécessités pragmatiques : les dispositifs muséographiques sont vieillissants et insatisfaisants en termes de confort de visite et de conservation des collections dans les quatre musées de la ville que sont le Musée de Tessé, le Musée de la Reine Bérengère, le Musée Jean-Claude-Boulard-Carré Plantagenêt et le Musée Vert.

« Le maire souhaitait investir un ancien hôtel particulier, l’Hôtel de Tucé, situé dans la vieille ville, bâti sur l’enceinte gallo-romaine, pour le restaurer et le transformer en musée. À partir de cela, j’ai proposé un redéploiement des collections dans trois musées au lieu de quatre. » explique la directrice. « Mon objectif est d’avoir une vision globale du projet et non pas de traiter chaque musée de façon dispersée. Il s’agit de tout mettre à plat et de repenser globalement une offre cohérente et au niveau de ce que l’on peut attendre d’un musée au XXIe siècle. »

L’idée est de donner de la lisibilité et de répondre à une série de besoins identifiés : le manque de lieu d’exposition temporaire au Musée de Tessé, le vieillissement généralisé de la muséographie, les espaces inadaptés au Musée Vert et au Musée de la Reine Bérengère – un hôtel particulier de la fin XVe siècle, tout en escaliers –, l’accessibilité aux personnes en situation de handicap, l’absence d’espaces d’accueil des groupes, de cafétéria, de boutique ou le nombre insuffisant de sanitaires… D’où une restructuration complète, qui passera probablement par une nouvelle dénomination des trois musées en question en fonction de leur territoire respectif : Beaux-Arts, histoire de la ville et histoire naturelle.

Un redécoupage des collections

Le chantier prioritaire, et qui devrait se dérouler en premier, est celui de l’agrandissement du Musée Tessé, le musée des Beaux-Arts de la ville, qui souffre du manque d’espaces d’exposition temporaire. Selon Alice Gandin, « aujourd’hui, pour présenter une exposition temporaire, nous devons décrocher de la présentation permanente le XIXe siècle. Ce qui n’est satisfaisant ni pour la pertinence du parcours, ni pour la bonne conservation des œuvres. »

Ce nouvel espace devra permettre de restituer l’ensemble du bâtiment aux collections permanentes, dont l’accrochage serait entièrement revu. Seule la galerie égyptienne, rénovée il y a deux ans avec l’aide du Louvre, resterait en l’état. Seraient également aménagés une boutique, des espaces d’accueil pour les groupes et les scolaires ainsi qu’un « espace de restauration que l’on tournerait sur le parc, afin d’ouvrir le musée, l’ouvrir vers le cœur de ville afin de recréer un beau lieu de vie. »

Les collections d’histoire de la ville, actuellement réparties entre le Musée de la Reine Bérengère et le Carré Plantagenêt, seraient quant à elle réunies au sein de l’Hôtel de Tucé, qui balayerait tout le panorama de l’histoire mancelle. L’enceinte gallo-romaine, visible depuis l’intérieur du monument, serait ainsi incluse dans le parcours muséographique, qui irait de la Préhistoire jusqu’à l’histoire, plus récente, de l’automobile.

Enfin, le Musée de l’homme et de la nature, actuellement à l’étroit dans le Musée Vert (une ancienne école investie en 1995) et excentré, devrait prendre ses quartiers dans le Carré Plantagenêt libéré de ses collections historiques. Ce déplacement s’accompagnerait d’une refonte du parcours muséographiques pour prendre en compte la dimension environnementale et de biodiversité, et répondre aux questions sociétales et sociales. « Le partenariat que nous avons avec le Musée du Quai Branly sera encore plus pertinent dans cette configuration. Nous avons les collections pour le faire, mais elles sont à ce jour sous-exploitées ! » déplore la directrice des musées.

Néanmoins, ce redéploiement signifierait une concentration des musées dans le centre historique au détriment du quartier de Pontlieue où le Musée Vert est aujourd’hui situé. Ce qui, pour Alice Gandin, ne nuirait pas au public de proximité qui explique que « par des études de public que nous menons régulièrement, nous savons que les visiteurs du Musée Vert aujourd’hui ne viennent pas des quartiers périphérique ».

L’enceinte gallo-romaine bientôt candidate à l’Unesco

Ce redéploiement s’inscrit dans un cadre plus large de valorisation du patrimoine culturel avec la création d’un circuit touristique qui réunirait, en plus des musées, la cathédrale et ses jardins. Mais également la vieille ville médiévale et l’enceinte gallo-romaine, pour laquelle la municipalité entend présenter un dossier de candidature au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le musée de l’histoire de ville, au sein duquel l’enceinte romaine est visible de l’intérieur, sera un « argument de plus pour la valorisation de cette enceinte » et de mieux la faire connaitre auprès du public, notamment grâce à une exposition prévue en 2022 qui devrait « servir de préfiguration à ce gros chantier », développe Alice Gandin.

La directrice des musées de la ville ne cache que cette refonte en profondeur s’inscrira dans le temps long et n’aboutira pas avant de nombreuses années. Mais le travail a déjà commencé : le conseil scientifique, sous l’égide du président-directeur du Louvre, Jean-Luc Martinez, commence déjà à plancher sur le contenu du projet scientifique et culturel. Les équipes ont étagement entamé « un travail de fond pour préparer le chantier des collections pour traiter en parallèle la question des réserves, dont nous manquons à l’heure actuelle. »

Gratuité à partir du 1er janvier 2021

Dans un avenir plus proche, la gratuité de l’entrée individuelle dans le cadre d’une visite libre, qui était un engagement de campagne du maire, doit être votée lors du prochain conseil municipal et entrer en vigueur le 1er janvier. Une mesure qui devrait coûter environ 60 000 euros par an à la municipalité.

Un pas que d’autres musées, comme ceux de la ville de Rennes, ont déjà fait à la faveur de la crise sanitaire. La mesure concernera les visites libres pour les expositions permanentes et temporaires, tandis que les prestations type visites guidées, accueil de groupes, ateliers et animations diverses resteront payantes. « Je pense que c’est quelque chose de très positif pour les musées, mais la gratuité ne fait pas tout », concède la directrice. « Il faut la faire vivre. Cela fonctionne au début, avec une hausse effective de la fréquentation, mais c’est aussi notre programmation qui fera venir. »

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