Mercredi 21 octobre 2020

Musée

Le Grand Musée du Parfum en redressement judiciaire

Par Éléonore Thery · lejournaldesarts.fr

Le 6 octobre 2017 - 769 mots

PARIS [06.10.17] - Sept mois seulement après son ouverture à 200 mètres du Palais de l’Elysée, le Grand Musée du Parfum a déposé le bilan. Son PDG l’explique notamment par des dépassements du coût des travaux.

Le Grand Musée du Parfum côté jardin
Le Grand Musée du Parfum côté jardin
Photo Isabelle Chapuis & Alexis Pichot
Courtesy Grand Musée du Parfum

Au Grand Musée du Parfum, ouvert en décembre dernier, la vie suit son cours. Dans les salles de cet hôtel particulier de la prestigieuse rue Saint Honoré, implanté à quelques centaines de mètres seulement du musée du parfum Fragonard, les visiteurs vont et viennent le long d’un parcours sensoriel retraçant l’histoire des jus, le paysage des odeurs et l’excellence de la parfumerie.

Pourtant, la SAS Parfeum, qui gère les lieux, a discrètement déposé le bilan le 26 juillet dernier. Quelques jours plus tard, une procédure de redressement judiciaire était ouverte, permettant à la société de poursuivre son activité, de geler ses dettes – 3,2 millions d’euros immédiatement exigibles – et de conserver ses 14 salariés.

Le projet commence en 2014. Guillaume de Maussion, entrepre-neur tout aussi étranger à l’univers de la parfumerie qu’à celui des musées, s’entoure d’une équipe réduite et dépose les statuts de Parfeum en vue de l’ouverture d’un établissement consacré au parfum. « Il était temps qu’un grand musée consacré au parfum existe en France. Paris en a besoin, il s’agit de l’un des fleurons de l’image de la France à l’étranger » explique aujourd’hui le PDG. Pour sou-tenir l’initiative, les associés constituent un conseil scientifique et culturel, composé de 16 chercheurs, parfumeurs ou historiens. L’équipe réunit des financements privés, levés auprès de particuliers et via le fonds de pension Extendam – spécialisé dans l’hôtellerie ou la gastronomie – pour un montant d’environ 7 millions d’euros.

En parallèle, elle s’assure du soutien du secteur de la parfumerie : l’IFF (International Flavors & Fragrances), géant mondial de la création de parfums et d’arômes alimentaires, le SFP (Syndicat français de la parfumerie) qui rassemble 65 maisons de parfum françaises et la FEBEA (Fédération des entreprises de la beauté). Un fonds de dotation est créé pour recueillir les contributions de mécènes dans le cadre de ses missions d’intérêt général. Aucun « Ami du Grand Musée du Parfum » n’est pourtant recensé aujourd’hui.

Pour abriter le musée, la société loue un hôtel particulier de près de 1 500 m2 au cœur du 8e arrondissement de Paris. Rapidement, d’importants travaux sont engagés pour faire de ce lieu, propriété de CNP assurances et ancien atelier de Christian Lacroix, un véritable « hymne au parfum » – dixit la communication. Et en un temps record, l’ouverture, fixée au 16 décembre 2016, se profile. Las, il faudra attendre quelques jours de plus : l’inauguration est reportée, car la commission de sécurité prévue la veille de l’ouverture a cavalièrement repoussé sa visite.

Que s’est-il passé pour que quelques mois seulement après son ouverture, le musée se déclare en cessation de paiement ? « Nous faisons face à un dépassement du coût des travaux. Il a fallu élever le prestige et les ambitions du projet par rapport aux estimations, au delà de 5 millions » répond Guillaume de Maussion, pour qui « le débordement n’est pas exceptionnel. » Le PDG avance encore : « Peut être que le défaut de ce projet est de ne pas avoir eu un soutien suffisamment affirmé des pouvoirs publics », confessant pourtant « on n’a pas vraiment eu le temps de chercher, on était plus dans l’ouverture du lieu que dans la recherche de ces soutiens ».

Côté public, le musée a reçu le parrainage de la Mairie de Paris, et le soutien de la Région Île-de-France qui a alloué 200 000 euros au titre du Fonds de développement touristique regional. Il a également reçu l’aide du ministère de la Culture et de la Communication par l’intermédiaire de l’IFCIC (Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles), qui a facilité un important prêt bancaire.

Selon Guillaume de Maussion, « la société fonctionne bien, notre première année est prometteuse ». Pour l’année 2017, le PDG annonce 100 000 visiteurs, plus de 3 millions d’euros de chiffre d’affaires reposant sur la billetterie, la boutique, et surtout les locations d’espaces et un budget d’exploitation à l’équilibre. « Nous conservons la confiance des actionnaires » assure-t-il encore. « Il faut qu’on discute avec nos créanciers de l’échelonnement du paiement du prix des travaux. Il nous faut simplement du temps. »

Ce temps est compté : la période d’observation s’achève en février prochain. D’ici là, le musée continue de dérouler sa programmation culturelle. Prochaine manifestation : l’exposition Chambres à part proposée pendant la Fiac par la conseillère en art Laurence Dreyfus autour du thème « Parfums de femmes ».

Information
Le site Internet du Grand musée du parfum

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