Dimanche 9 décembre 2018

Moyen Âge

Le fond sans la forme

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 12 mars 2013 - 775 mots

Compiègne a inauguré un espace dédié à la sculpture ancienne dans le cloître de l’abbaye Saint-Corneille. Si le propos se révèle passionnant, la scénographie est totalement ratée.

Compiègne - Installée dans le cloître de l’ancienne abbaye Saint-Corneille, rénovée entre 2006 et 2007, la bibliothèque de Compiègne partage désormais les lieux avec un nouvel espace d’exposition consacrée à la sculpture médiévale. Implanté dans les deux autres ailes du monument, baptisé par la ville « Musée du cloître Saint-Corneille », cet espace fonctionne plutôt comme une annexe du Musée Antoine-Vivenel (lire l’encadré), dont les sculptures sélectionnées sont issues. « Des critères de conservation ont décidé du choix des œuvres. Le taux d’humidité est ici très haut et la lumière peut également être forte à certains moments de la journée. Seule la pierre pouvait résister à ces conditions d’exposition. Nous nous sommes donc dirigés naturellement vers la sculpture », précise Claire Iselin, jeune et dynamique conservatrice arrivée en 2009 à la tête des musées compiégnois.
Avant de rejoindre le cloître, les œuvres, jusque-là conservées dans les réserves ou dans des espaces peu accessibles du Musée Antoine-Vivenel, ont fait l’objet d’une méticuleuse campagne d’étude et de restauration menée par des historiens, chercheurs, restaurateurs et archéologues sous la houlette de Claire Iselin. Pour construire un parcours dont le fil conducteur est l’iconographie religieuse, les spécialistes se sont appuyés sur le colloque organisé en 2004 autour de l’abbaye Saint-Corneille et sur les travaux de la Société historique de Compiègne. L’ensemble des études scientifiques a apporté nombre de nouveaux éléments d’information. Pièce maîtresse, La Vierge aux pieds d’argent (1267), don du roi Saint Louis à l’abbatiale Saint-Corneille, a ainsi révélé, après sa restauration, des éléments de polychromie, tandis que la statue de Joseph d’Arimathie (1506-1510) provient du groupe de personnages de la Mise au tombeau de l’église Saint-Gervais-Saint-Protais de Gisors (Eure).
Les dalles funéraires fragmentaires, nettoyées et agrémentées d’éléments complémentaires contemporains d’une grande sobriété, peuvent être appréhendées dans leur ensemble. Opération impressionnante, les nombreux fragments de la dalle funéraire de dom Jacques Pescheur, religieux de Saint-Corneille au XVIe siècle, ont été recollés selon une technique de restauration réversible. Par ailleurs, afin de comprendre l’architecture de l’abbaye, les archéologues Jean-Louis Bernard et Francis Martinezzi ont travaillé à une reconstitution 3D des étapes de sa construction, de l’époque carolingienne au XVIe, avant qu’une maquette ne vienne témoigner de l’état au XVIIe siècle.

Jaune improbable
Malheureusement, la scénographie n’est pas à la hauteur du propos scientifique et, déjà fort restaurés dans les années 1960 puis 1970, les vestiges de l’abbaye ont subi de nouvelles interventions radicales. L’architecte en chef des Monuments historiques, Thierry Algrin – maître absolu du chantier choisi par Philippe Marini, sénateur et maire de Compiègne depuis 1987 –, a badigeonné les murs d’un jaune improbable non documenté. Moins fantaisiste, le choix du rouge pour les ogives correspond pourtant plus aux ensembles architecturaux du sud de la France. Grossiers, les socles ne mettent pas en valeur les œuvres. Pire, les horribles lampes, assorties aux murs, affublent les œuvres d’une lumière ingrate tandis que les mises à distance en métal nuisent à leur lisibilité.  Pourquoi ne pas avoir confié la scénographie à l’agence Point de fuite, responsable de l’identité graphique, qui a fait ses preuves dans l’aménagement des musées alors que Thierry Algrin manquait d’expérience en la matière ? Contacté, celui-ci ne nous a pas répondu. Montant de la facture : 450 000 euros sur un coût global de 600 000 euros (restauration comprise) pour une présentation à revoir entièrement.

Des travaux à venir au Musée Vivenel

Au début des années 2000, la municipalité de Compiègne nourrit l’ambition de rénover le Musée Antoine-Vivenel et de le doter d’une extension afin de doubler les surfaces d’exposition, lesquelles passeraient de 650 à 1 200 m2. Le projet vise à centrer le parcours sur l’identité des lieux et la démarche particulière d’Antoine Vivenel (1799-1862), collectionneur à l’origine du musée. Sollicitée par les musées et chercheurs, la collection est connue pour son fonds de vases grecs le plus important de France après le Louvre. Elle abrite également de nombreux objets égyptiens, romains, ainsi que des pièces d’arts décoratifs de la Renaissance. Sans oublier un fonds non négligeable d’arts extra-européens provenant de Chine, du Japon, d’Afrique ou d’Océanie. Les travaux pourraient démarrer, au mieux, en 2014. Les réserves neuves du musée ont, quant à elles, été achevées l’été dernier.

Musée du cloître Saint-Corneille

Coût des travaux : 605 134 € (dont 107 976 € pour la restauration des œuvres)
Conservatrice des musées de Compiègne : Claire Iselin
Rénovation et scénographie : Thierry Algrin, architecte en chef des Monuments historique

rue Saint-Corneille, 60200 Compiègne, tlj sauf lundi et certains jours fériés, 10h-13h et 14h-18h, www.musee-vivenel.fr

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°387 du 15 mars 2013, avec le titre suivant : Le fond sans la forme

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