Mercredi 17 octobre 2018

Le couple Essl agit seul

Face au refus institutionnel, il ouvre son musée

Le Journal des Arts

Le 17 décembre 1999 - 509 mots

Un nouveau musée privé vient d’ouvrir en Autriche, à Klosterneuburg, à vingt minutes du centre-ville de Vienne. Conçu par l’architecte Heinz Tesar, il réunit une collection axée sur la peinture expressionniste abstraite et expressive des années soixante à nos jours, celle d’Agnes et Karlheinz Essl.

VIENNE - Le bâtiment de Heinz Tesar est, comme il se doit, minimaliste. Ses 3 500 m2 d’espaces d’exposition sont lumineux, grâce à de hauts plafonds voûtés percés d’immenses ouvertures de verre. La circulation y est facile, puisque le visiteur entre toujours dans une salle par un angle pour en ressortir par l’angle opposé. Le “Essl Museum” a été construit grâce au financement de Karlheinz Essl et de son épouse Agnes, qui ont fait fortune en créant une chaîne de magasins de bricolage en Autriche et en Europe centrale, dont le chiffre d’affaires s’élève actuellement à l’équivalent de 5,3 milliards de francs.

Ces collectionneurs avaient proposé leur collection au Museums-quartier, le centre d’art moderne et contemporain en construction au centre de Vienne, derrière le Kunsthistorisches Museum. Face au refus de l’institution, qui considérait cette collection de 4 500 œuvres trop provinciale, trop hétéroclite ou trop singulière, les Essl ont finalement décidé de construire leur propre musée.

Le commissariat de l’exposition inaugurale, “Premier regard”, a été confié à Rudi Fuchs, directeur du Stedelijk Museum d’Amsterdam : son accrochage judicieux fait se côtoyer des œuvres plus ou moins connues dans un agencement sobrement thématique. Ainsi, la célèbre vidéo d’Hermann Nitsch inspirée du dogme catholique de la transsubstantiation, dans laquelle un acteur nu sur une croix est maculé de sang, renvoie à une carcasse de bœuf. L’écran vidéo se trouve à côté d’un immense tableau de Nitsch exécuté en 1991, dont les touches puissantes de peinture noire rappellent des éclaboussures de sang, et fait face à une œuvre solennelle de Mimmo Paladino, Settimana Ottomana (1986), représentant une cérémonie dans une pièce close. La salle consacrée au corps montre un tableau lacéré de Fontana réalisé en 1960, une peinture “symboliste” d’Arnulf Rainer, Medusa (1987), une autre, pointilliste, de Peter Kogler figurant un cerveau (1988), et des toiles de Maria Lassnig (1999). Au-dessus est accrochée la silhouette rouge et floue d’un homme, Stripped (1997) de Marc Quinn.

Cette œuvre témoigne de la nouvelle orientation de la collection des Essl. Ils privilégient désormais les photographies, les vidéos, les installations, les sculptures, et viennent de créer un comité consultatif pour leur musée, qui comprend, outre Rudi Fuchs, Harald Szeemann et Wieland Schmied. Nul doute que ces experts sauront préserver les Essl de tout “provincialisme” et les orienter dans leurs achats. Karlheinz Essl, personnage austère et très croyant, insiste sur le fait que lui-même et son épouse souhaitent par-dessus tout préserver le contact avec les artistes. Sa devise est : “Nous ne voulons pas nous servir de l’art, mais servir l’art”.

À l’avenir, le Musée Essl présentera la collection permanente et des expositions temporaires des différents artistes de la collection, ainsi que des œuvres prêtées par d’autres musées.

Collection Essl-premier regard

Klosterneuburg (Vienne), tél. 43 2243 37 050, tlj 10h-19h, mercredi 10h-21h, www.sammlung-essl.at

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°95 du 17 décembre 1999, avec le titre suivant : Le couple Essl agit seul

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