Samedi 24 février 2018

Irak

La situation empire

Le Journal des Arts

Le 9 août 2007

Le directeur du Musée de Bagdad a démissionné.

BAGDAD - Donny George a démissionné le 7 août de la présidence du Conseil national irakien des antiquités et du patrimoine (SBAH), en dénonçant le manque de moyens financiers et les ingérences croissantes du parti chiite radical qui contrôle actuellement le ministère auquel est rattaché le Conseil.
Réfugié avec sa famille en Syrie, à Damas, où nous avons pu le joindre, Donny George estime que la crise financière que traverse aujourd’hui le pays est si grave qu’il n’y a plus d’argent pour payer les forces de police affectées à la garde des sites archéologiques irakiens. À court terme, les pillards risquent d’avoir les coudées franches.
Selon lui, Bagdad est devenue si dangereuse qu’il a dû fermer le Musée national après l’enlèvement à proximité de cinquante personnes. Donny George a alors demandé, en vain, l’autorisation au ministre de la Culture de mettre le musée sous scellés. Il a néanmoins fait mettre en place d’épais murs de béton pour en interdire l’accès. « C’était le seul moyen de garantir la sécurité du musée », nous a-t-il assuré.
Spécialiste de l’archéologie irakienne, Donny George a acquis une renommée internationale à la tête du Musée national de Bagdad en contribuant de façon décisive à la récupération des objets pillés après l’invasion américaine. Il a ensuite assuré la réorganisation de l’institution et sa réouverture. Après avoir travaillé plus de trente ans pour le SBAH, il en a démissionné, parce qu’il estime qu’au cours de l’année passée, sa situation était devenue « intolérable ». « L’administration est passée sous l’influence croissante d’al-Sadr [le parti chiite fondé par le prédicateur radical Muqtada al-Sadr, qui détient trente sièges au parlement irakien et contrôle plusieurs ministères], précise George. Je ne pouvais plus travailler avec ces gens arrivés avec le nouveau ministre. Ils ignorent tout de l’archéologie, tout des antiquités, tout de tout. »

Priorité aux sites islamiques
Selon Donny George, qui est de confession chrétienne, l’année passée a vu les activités du SBAH perturbées par une multiplication d’initiatives islamistes et anti-occidentales qu’il ne pouvait guère contrôler. « Nos institutions ont dû accueillir un grand nombre de nouvelles personnes, qui ne s’intéressent qu’aux sites islamiques et non au patrimoine irakien plus ancien ». Le SBAH est aujourd’hui présidé par Haider Farhan, un membre du parti d’al-Sadr, qui, d’après George, n’a aucune expérience pour ce poste.
L’ancien président, qui est en relation avec des musées du monde entier, assure qu’on l’a pressé – de façon de plus en plus instante – de rompre ses contacts internationaux. « Ils n’aimaient pas que j’aie des contacts avec le moindre étranger. » Il souligne qu’il était même devenu difficile à Bagdad de rester en liaison avec les représentants de la coalition, et, de ce fait, plus compliqué de réagir rapidement quand des soldats endommageaient des sites archéologiques. Et d’ajouter : « Avec de bonnes communications, on peut espérer arrêter les dégâts. Nous avions les mêmes problèmes avec l’armée de Saddam, mais nous pouvions souvent intervenir. »
Toujours selon George, les fouilles en Irak et les travaux de restauration ont été interrompus ces deux dernières années. Tous les archéologues étrangers auraient quitté le pays. « Ma tâche principale ces derniers mois a été l’organisation de patrouilles. Nous avons mis sur pied une force de plus de mille quatre cents policiers spécialement formés pour protéger les sites archéologiques dans tout le pays. » Mais faute de financement pour ce programme, il est possible que partout en Irak des sites soient aujourd’hui sans protection contre les pillards. « Depuis début septembre, il n’y a plus d’argent pour leurs salaires », souligne Donny George, avant d’ajouter : « La Coalition doit se saisir du problème. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°244 du 6 octobre 2006, avec le titre suivant : La situation empire

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