La Rochelle, sous les cendres, la Renaissance

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 2 octobre 2013 - 823 mots

Après une première phase de sécurisation, les travaux de restauration de l’Hôtel de Ville, dévasté par un incendie, ne débuteront pas avant 2015.

La Rochelle - Son sabre en bois a brûlé, mais Henri IV continue de sourire malicieusement, la main posée sur la hanche. Cette statue en faïence polychrome, réalisée au XIXe siècle par le directeur de la manufacture de Sèvres, Théodore Deck, pour remplacer un portrait du XVIIe siècle brisé à la Révolution, surplombe l’Hôtel de Ville de La Rochelle mêlant les styles Renaissance et gothique flamboyant, du haut de son lanternon. Autour d’elle, bâches et pignons calcinés témoignent de l’ampleur des dégâts causés par l’incendie qui a dévasté l’édifice au cours de l’été. Le 28 juin dernier, à 13h30 et seize heures durant, le bâtiment a été ravagé par un feu déclenché par un court-circuit au niveau d’un tableau électrique. Les flammes se sont propagées dans les greniers sous les toitures. Stoppées par des portes coupe-feu, mais favorisées par quelques trous dans les murs, elles ont dévasté les parties hautes d’un bâtiment bâti entre le XVIe et le XVIIe siècles, et considérablement remanié dans les années 1870 par l’architecte Juste Lisch, disciple de Viollet-le-Duc.

Des dégâts irréversibles dûs à l’eau
Les parties donnant sur la cour d’honneur, classées en 1861, ont été durement touchées : la charpente s’est effondrée sur les plafonds qui se sont partiellement écroulés sur des pièces redécorées dans un style néo-Renaissance. Ravagée par les flammes, la façade Renaissance sculptée, épaisse à peine de 40 centimètres, a un temps menacé de s’effondrer. Les échafaudages élevés depuis début 2013 pour une restauration des murs qui aurait dû s’achever le 26 juillet, ont permis d’éviter le pire. Ils ont été doublés. L’été a été consacré à évacuer les gravas, déposer les poutres ornées et les lucarnes et sécuriser les lieux. Des étais ont été posés pour soutenir les plafonds, tandis que les fenêtres ont été étrésillonnées pour maintenir leurs encadrements en place. Cette phase de sécurisation s’achèvera à la mi-octobre avec la pose d’un parapluie en tôle amovible de plus de 1 000 m2 pour protéger durablement l’édifice des intempéries. Le bilan sanitaire, qui sera rendu début novembre à la Drac Poitou-Charentes, rendra compte des moisissures, champignons, pierres éclatées… et autres dommages causés par l’eau utilisée par les pompiers et la chaleur. Beaucoup sont irréversibles, telles les conséquences de l’eau chargée de suie qui a déposé par infiltration des taches sur le splendide plafond à caissons du rez-de-chaussée. Philippe Villeneuve, architecte en chef des Monuments historiques, qui a contrôlé tous les travaux du monument, envisage aujourd’hui une nouvelle restauration et – grâce à une documentation abondante – une restitution à l’identique. « On ne pourra pas récupérer le plancher de bois noyé par les eaux. Nous comptons profiter de cet incendie pour optimiser le bâtiment », explique-t-il. Certains dispositifs n’étaient plus fonctionnels tels les tirants des planchers installés par Lisch qui se sont oxydés et jouent aujourd’hui un rôle de poussant. Composé d’adjonctions de différentes époques, le bâtiment, qui hébergeait de nombreux services publics et accueillait des visites guidées comporte en outre de nombreux demi-niveaux entre les étages, ce qui le rend peu accessible. Alignement des étages et construction d’un nouvel ascenseur dans les parties non classées devraient venir résoudre ces problèmes.

Un chantier prévu sur 2 ou 3 ans
L’étude préalable sera remise à la Drac fin février. Un concours de maîtrise d’œuvre européen va être lancé pour recruter un titulaire du diplôme « architecture et patrimoine » ou d’un diplôme européen équivalent. « Les délais seront longs », déclare Denis Métayer ingénieur territorial en charge des travaux, entretien et maintenance des bâtiments municipaux. « Les travaux ne commenceront pas avant 2015 », avec un maire à la tête de la maîtrise d’ouvrage, Maxime Bono (PS) ayant décidé de ne pas briguer un nouveau mandat en 2014. Tandis que la souscription populaire lancée par la mairie pour récolter des dons a réuni environ 50 000 euros, l’État et la municipalité attendent que les assurances chiffrent une participation financière, qui s’annonce conséquente. « Les frais de nettoyage préventif des œuvres ont été couverts immédiatement », déclare Géraldine Gillardeau, chargée du patrimoine de la Ville, qui se réjouit du peu de perte mobilière provoquée par le sinistre.

Rapidement évacuées, aucune des quatorze œuvres classées ou inscrites n’a en effet été dévorée par les flammes. Endommagés par la suie, la fumée et l’eau, 10 % des 260 tableaux, meubles ou gravures de la Ville mis en dépôt dans l’édifice doivent néanmoins être restaurés. Placées dans les musées municipaux, ces œuvres sont actuellement auscultées par des restaurateurs spécialisés, chargés d’établir des devis. Certaines d’entre elles, tel le fauteuil dit de Jean Guiton, dont le transport a aggravé les déchirures du dossier en cuir de Cordoue, seront accessibles aux visiteurs dans une salle consacrée au grand siège de La Rochelle (1627-1628) au premier étage du Musée des beaux-arts, en attendant de réintégrer l’Hôtel de Ville.

Légende photo

Escalier d'honeur de l'Hôtel de Ville de La Rochelle. © Photo : Gilbert Bochenek.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°398 du 4 octobre 2013, avec le titre suivant : La Rochelle, sous les cendres, la Renaissance

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