Société

Panthéon

La « panthéonisation » de Claude Monet en question

Cause perdue

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 2 février 2010 - 812 mots

Guy Wildenstein plaide pour le transfert de la dépouille de Claude Monet au Panthéon. Un honneur auquel les héritiers du peintre s’opposent

PARIS - Contribuant au colloque « Impression-nisme(s) : nouveaux chantiers », qui s’est tenu les 10 et 11 décembre 2009 au Musée d’Orsay à Paris, Guy Wildenstein achevait sa plaidoirie en faveur du transfert de la dépouille de Claude Monet au Panthéon sous les applaudissements des quelques membres enthousiastes du comité « Monet 2010 ». Le marchand d’art marchait dans les pas de son père Daniel, l’auteur de l’indispensable catalogue raisonné sur le peintre qui avait, dit-on, obtenu l’accord de principe du président Jacques Chirac. En vain. Dans le Journal Officiel du Sénat en date du 13 mai 1999, la ministre de la Culture Catherine Trautmann répondait au sénateur Serge Mathieu, qui s’enquérait du dossier : « Tous ceux qui sont sensibles à ce que ce grand artiste nous a donné de joie et de beauté souhaitent qu’il continue à reposer en paix à Giverny. »

Profitant de l’effervescence provoquée par la grande rétrospective « Monet » qui se tiendra à Paris en octobre, revoici donc formulé le vœu de voir le maître de l’impressionnisme « panthéonisé ». Guy Wildenstein tente cette fois de convaincre Nicolas Sarkozy. Seul le peintre Joseph-Marie Vien (1716-1809), par ailleurs sénateur, repose place des Grands-Hommes. La patrie lui est-elle aussi reconnaissante qu’à l’auteur des Nymphéas et des Coquelicots ? C’est là l’un des arguments de Guy Wildenstein, pour qui Claude Monet n’a pas reçu les honneurs qu’il méritait. Conseiller technique pour la culture et la communication à l’Élysée, Éric Garandeau nous a fait savoir que « l’avis du ministère de la Culture avait été demandé ». Mais si Nicolas Sarkozy souhaite faire oublier l’échec « Albert Camus » (dont les héritiers ont refusé le transfert), la « panthéonisation » de Claude Monet est loin d’être une bonne idée.

Le patriarche de Giverny est inhumé dans une tombe familiale au chevet de l’église de cette commune de l’Eure, dans une partie distincte du reste de cimetière. Auprès de lui reposent sa seconde épouse, Alice Hoschedé ; le premier époux de cette dernière, Ernest Hoschedé ; ainsi que d’autres membres des familles Monet et Hoschedé. Comme dans le cas d’Albert Camus, le transfert de la dépouille ne saurait se faire sans l’accord des héritiers. C’est là où l’affaire se complique. À la mort de Michel Monet, second fils de Claude et Camille Monet, en 1966, l’Académie des beaux-arts est devenue la seule héritière de l’artiste. Hugues Gall, directeur de la Fondation Claude-Monet, créée par l’Académie des beaux-arts et chargée de la gestion des biens et du droit moral du peintre, s’oppose fermement à ce transfert. Soutenu par le maire et les habitants de Giverny, Hugues Gall défend la mémoire du peintre, lequel « n’aurait pu imaginer que sa dépouille repose ailleurs qu’à Giverny ». Et de rappeler que plus de 500 000 admirateurs font chaque année le pèlerinage pour visiter la propriété et les jardins du peintre, avant d’aller se recueillir sur sa tombe.

Monet réticent
Et quand bien même l’Académie venait un jour à changer d’avis, le dernier mot revient aux héritiers de la famille Hoschedé. Comme nous l’ont indiqué les services funéraires de la Ville de Paris, ceux-ci, propriétaires de la concession de Giverny, peuvent parfaitement s’opposer à l’ouverture de la sépulture. Arrière-petit-fils d’Ernest et Alice Hoschedé, le critique d’art Philippe Piguet rappelle que, lorsque la propriété de Giverny est tombée dans l’escarcelle de l’Académie des beaux-arts, le conservateur des lieux, Gérald Van der Kemp, souhaitait transformer la tombe familiale en un « monument à Monet ».

À l’époque, la famille avait eu recours aux services d’un huissier de justice pour faire valoir ses droits. Au-delà de ces querelles juridiques, Philippe Piguet s’étonne que la famille n’ait pas été approchée par Guy Wildenstein : « Ce qui me surprend le plus est que les partisans de ce dossier n’ont pas saisi la personnalité de Monet. Il n’était pas du tout intéressé par les honneurs. N’oublions pas qu’il avait refusé que son ami Clemenceau lui remette la Légion d’honneur. Et qu’il n’avait pas répondu à l’invitation de l’Institut de France à succéder à Luc-Olivier Merson [pour siéger à l’Académie des beaux-arts, NDLR] ».

L’affaire semble donc bien compromise et devrait s’éteindre tel le feu de paille de 1999. « Giverny est un tout. Ce lieu raconte une histoire très forte. Cette intimité familiale est si bien ressentie par les visiteurs… », conclut Philippe Piguet. À ceux qui estiment que Monet, comme son œuvre, finira par tomber dans le domaine public, le critique d’art répond qu’il « n’appartient pas aux gens mais à l’histoire de l’art ». C’est sans doute ce qu’avait fini par comprendre Gérald Van der Kemp, qui a lui-même choisi de reposer au cimetière de Giverny, à une dizaine de mètres de Claude Monet.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°318 du 5 février 2010, avec le titre suivant : La 'panthéonisation' de Claude Monet en question

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