Mercredi 26 janvier 2022

Art déco

SYNAGOGUE

La nouvelle synagogue Copernic et son décor

Par Sindbad Hammache · Le Journal des Arts

Le 17 décembre 2021 - 971 mots

PARIS

Un temps menacé de destruction par le projet de nouveau centre cultuel de l’Union libérale israélite de France, le décor de la salle de culte Art déco sera, dans la nouvelle mouture, préservé. Une solution qui ne convainc toutefois pas les détracteurs du projet architectural.

Vitrail art déco placé au-dessus de la tévah dans la synagogue Copernic à Paris © GFreihalter, 2010, CC BY-SA 3.0
Vitrail Art déco placé au-dessus de la tévah dans la synagogue Copernic à Paris
Photo GFreihalter, 2010

Paris. La façade sur rue du 24 de la rue Copernic (16e arrondissement de Paris) est discrète, mais elle cache derrière ses murs un petit trésor de l’Art déco. La salle de culte de la synagogue de l’Union libérale israélite de France (Ulif), installée à cette adresse dès sa création en 1907, déploie un cas rare de décor doré et antiquisant, représentatif de l’art des Années folles. Vitraux, frises et coupole jouent ici des possibilités offertes par le béton dans un programme architectural et décoratif unique pour un lieu de culte juif en France. Un temps menacé de destruction par le projet de nouveau centre communautaire porté par l’Ulif et Judaïsme en mouvement (JEM, association fédérant diverses tendances du judaïsme libéral en France depuis 2019), le patrimoine Art déco de la synagogue Copernic sera préservé dans une version dévoilée cet automne, mais transféré un étage plus haut que son emplacement d’origine.

Réintégration de la coupole

C’est un besoin de mise aux normes, en matière d’accessibilité notamment, qui est à l’origine du projet. Encastré sur cinq niveaux desservis par un petit escalier, le siège de l’Ulif, qui abrite la synagogue, des bureaux mais aussi des salles de classe, des ateliers éducatifs et culturels, est à l’étroit dans des locaux peu adaptés à l’accueil de ces activités. En 2016, l’agence d’architectes Valode et Pistre présente la maquette d’un bâtiment de verre masqué en partie par une façade en pierre de Jérusalem évoquant un chandelier à sept branches : un tout nouveau bâtiment qui nécessite la destruction de l’existant. Pour Eva Hein-Kunze, alors membre de la synagogue et présidente de l’Association pour la protection du patrimoine de la synagogue de Copernic (APPC, qui rassemble une dizaine de fidèles), la mise aux normes a servi de prétexte à un projet démesuré, inadapté aux besoins de la communauté. « Quand j’ai vu les photos du premier projet en 2016, j’étais abasourdie, on ne nous avait alors parlé que de mise aux normes », relate-t-elle.

L’association reproche à cette première mouture de faire disparaître la salle de culte et son décor Art déco, pour n’en garder que le vitrail rectangulaire placé au-dessus de la tévah (l’autel sur lequel est lue la Torah). Dans cette version, le vitrail aurait même changé de sens dans la nouvelle salle de culte, pour être placé longitudinalement au-dessus des fidèles, entouré d’une architecture moderne en rideaux de verre. En décembre 2019, le Conseil de Paris demande par un vœu que « l’Ulif et l’architecte étudient la conservation des éléments de style Art déco et la verrière dans le projet de nouvelle synagogue ». Un vœu – non contraignant – auquel se plie l’Ulif en revoyant le projet pour accueillir les éléments du décor.

Intérieur de la synagogue Copernic. © GFreihalter, 2010, CC BY-SA 3.0
Intérieur de la synagogue Copernic à Paris.
Photo GFreihalter, 2010

« Grâce, ou à cause du vœu de la Mairie de Paris, nous avons travaillé avec l’architecte en chef des Monuments historiques Pierre-Antoine Gatier pour aboutir à un projet modifié qui reconstitue la salle de culte existante », explique Bernard Daltroff, vice-président de l’Ulif. Dans cette version, la salle de culte est toujours déplacée du rez-de-chaussée au premier étage, mais elle retrouve les décors Art déco, ainsi que sa coupole, évacuée dans le premier projet. Cet élément est signalé par les historiens de l’architecture comme l’une des singularités de cette salle de culte édifiée en 1924. C’est en effet grâce aux nouvelles possibilités offertes à l’époque par le béton que l’architecte Marcel Lemarié parvient à faire reposer cette coupole sur le plafond plat de la salle de culte.

Coupole et décors retrouveront donc leur place un étage plus haut dans une salle aux mêmes dimensions que l’originelle. La reconstitution permet même de retrouver l’intégralité du mur droit de la salle, aujourd’hui percé pour ouvrir l’accès sur une pièce attenante. « Tout ce qui est relatif à ces attributs patrimoniaux sera remis en place pierre par pierre dans la nouvelle salle », assure Lionel Errera, président de JEM. L’association cultuelle a commandé une étude approfondie des éléments décoratifs à une conservatrice-restauratrice du patrimoine, ainsi qu’un relevé de la structure de la salle à l’entreprise Geopat. « Ces deux études vont permettre de voir ce qui peut être détaché ou reproduit à l’identique », explique le vice-président de l’Ulif. Pour l’heure, impossible de savoir dans quelle proportion les matériaux d’origine seront repris dans la nouvelle salle de culte.

Charge mémorielle

Cette nouvelle proposition n’a toutefois pas convaincu les membres de l’APCC, attachés à l’emplacement initial de la synagogue. « On ne se bat pas pour garder un pastiche ! », déplore Eva Hein-Kunze, qui met par ailleurs en avant la charge mémorielle des lieux, touchés par deux attentats antisémites en 1941 et 1980. L’association va désormais faire appel de l’avis défavorable émis par la Drac (direction régionale des Affaires culturelles) en 2018 quant à une protection de la synagogue. « On peut imaginer de construire quelque chose autour, défend sa présidente, une forme de boîte dans la boîte. » Une possibilité étudiée par l’Ulif, mais impraticable selon Bernard Daltroff : « Nous avons abandonné cette idée de remodelage autour de la salle de culte, qui aurait occasionné une perte d’espace de 30 % et une grosse dépense. »

Pour l’Ulif et JEM, l’objectif est bien de gagner de l’espace, en s’étendant notamment sur la parcelle attenante, afin d’offrir un centre communautaire où « les gens puissent être à l’aise, explique Lionel Errera. Ce n’est pas seulement un lieu de culte, mais aussi un centre éducatif, culturel, ouvert sur la cité ». Entre l’APCC et l’Ulif, le désaccord porte aussi sur ce que devrait être la synagogue, lieu de culte pour les uns, centre communautaire et culturel accompagnant le développement du judaïsme libéral pour les autres.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°579 du 10 décembre 2021, avec le titre suivant : La nouvelle synagogue Copernic et son décor

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