Mercredi 26 février 2020

Salons

Innovations numériques

Le numérique domine dans les allées du Sitem et du Museum Connections

PARIS - Le Salon international des musées, des lieux de culture et de tourisme (Sitem), s’est tenu du 12 au 14 janvier à la Cité de la mode et du design, à Paris.

On pouvait y découvrir les dernières technologies disponibles et faire le tour (une centaine de stands) de tous les métiers de la filière culturelle. Il y a d’abord les habitués : dans les secteurs de la sécurité et du transport des œuvres, la protection contre les parasites et la moisissure, l’éclairage et les vitres antireflets, etc. Si l’arrivée de la géolocalisation dans les mini-tags (puces) permet d’ajouter au gardiennage des éléments d’inventaire, ces métiers, quoique clés pour les musées, ne sont pas les plus bouleversés par le progrès technologique.

Des outils perfectionnés pour la recherche
Il en est différemment de la mission scientifique des musées. Les bases de données intègrent les progrès des moteurs de recherche et réinventent la recherche en histoire de l’art comme le commissariat d’exposition. Dans une collection recollée, enrichie et dûment numérisée, on peut désormais isoler n’importe quel élément graphique, technique ou historique, qu’il soit attaché au contenu du tableau ou à la biographie du peintre. On ne conçoit plus une exposition de la même manière : le textile chez les Flamands du XVIIe siècle ? La couleur bleue en Amérique en 1832 ? On peut imaginer tout croiser. Ces bases de données et leurs mises à jour quasi-annuelles, présentées au Sitem, devraient vite se synchroniser entre musées partenaires. On pense en écho au Google art project et à une collection mondiale, totale, accessible partout.

À l’opposé de la chaîne, l’univers de la commercialisation occupe un espace important. C’est le cas des produits dérivés, notamment dans les allées de Museum Connection, qui s’est tenu porte de Versailles les 20 et 21 janvier. Pourtant, les propositions sont très conventionnelles, hormis quelques nouveaux venus, comme les bijoux de « Mon petit musée ». À leurs côtés, les sociétés de services comme Cultival proposent l’externalisation de prestations ad hoc : visites de groupe avec médiateur indépendant, billetterie sur internet, rentabilisation des heures creuses, etc. Même si les services s’affinent, le numérique n’annonce pas ici de bouleversement comme a pu l’être l’arrivée de la billetterie en ligne.

Réalité augmentée
Entre la conservation et la commercialisation, siège la médiation. L’outil star de cette année est sans conteste la réalité augmentée, à l’affiche partout. Le principe est simple : à l’aide de sa tablette et d’une application dédiée, le visiteur filme ce qu’il visite. La reconnaissance du lieu active dans l’application l’affichage d’un contenu différent : par exemple, le même lieu trois siècles plus tôt, recréé par des artistes, architectes et développeurs ; ici, le tableau avant sa restauration ; ailleurs, la vue de la ville avant l’édification des remparts… L’outil, très séduisant pour les sites patrimoniaux, n’a cependant pas encore prouvé son utilité partout. L’investissement technologique reste lourd et se prête moins aux musées qu’à des lieux de visite unique au fort potentiel touristique, comme au château de Chambord où l’Histopad ainsi développé semble un succès.

Audioguides connectés
Les mêmes sociétés, au Sitem comme au salon Museum Connections, proposent un éventail d’outils allant de l’audioguide sur mobile aux e-cartels, en passant par l’établissement d’un réseau de bornes (Beacon). La responsable de la communication du Musée des beaux-arts de Lyon rappelle l’impératif d’accessibilité : « Les murs sont épais, la 3G ou 4G comme le wi-fi du musée sont souvent insuffisants pour faire des smartphones des visiteurs un outil systématique de médiation. » Le raisonnement vaut pour un grand nombre de musées installés dans des bâtiments historiques, souvent classés, et où l’équipement en fibre optique nécessite des travaux lourds. Plus légères, ces bornes envoient aux visiteurs des notifications en fonction de leur localisation, permettant une navigation plus intuitive, sans le recours à une application : « devoir télécharger une appli est devenu repoussoir. Les beacons (des capteurs) envoient directement le navigateur sur la bonne page. » Ainsi en est-il des solutions de Geed, qui propose une interface plutôt légère et réactive dans le suivi de visite.

Reste à connaître la qualité du contenu thématique disponible. À côté de solutions déjà installées comme izi.Travel, d’autres idées, plus pointues, sont séduisantes. Ainsi KASSIS, « l’assistant de savoir » développé par IDÛ Interactive Inc, propose œuvre par œuvre un quiz et des anecdotes. Le visiteur est invité à faire le test : « ce que vous avez appris aujourd’hui sur L’Angélus de Millet, vous vous en rappellerez dans dix jours », parie ce chercheur canadien.

Le Sitem proposait également de tester certaines technologies de pointe, comme les fameuses lunettes immersives « Oculus ». La société Oxipido a ainsi créé une visite virtuelle du théâtre de Sète. Aussi séduisant l’outil soit-il, les musées n’ont pas encore justifié son utilisation : le coût de la technologie, sa fragilité et le caractère individuel de l’expérience relèguent cette prouesse technologique au rang de gadget.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°450 du 5 février 2016, avec le titre suivant : Innovations numériques

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