Dimanche 8 décembre 2019

Gloire à Aménophis III

Deux colosses ressurgissent des sables de Thèbes

Le Journal des Arts

Le 31 mai 2002 - 485 mots

Une campagne de fouilles archéologiques récente a mis au jour les vestiges de statues monumentales qui devaient accueillir jadis les visiteurs du temple funéraire à Thèbes-Ouest. L’un de ces colosses érigés à la gloire d’Aménophis III pourrait être l’effigie de Tiyi, la célèbre épouse du souverain.

LOUXOR (de notre correspondant) - Témoins d’une activité archéologique intense, les colosses de Memnon, juchés sur leurs piédestaux monumentaux, n’auraient pas été les seuls gardiens du temple funéraire d’Aménophis III (1387–1350 av. J.-C.) à Thèbes. Sur la rive occidentale de la cité antique, des archéologues européens et égyptiens ont mené des recherches au cours de ces deux dernières années tout d’abord dans la zone où se dressait jadis ce temple puis derrière les deux sculptures hautes de dix-sept mètres. Le temple funéraire s’étendait sur plus de cinq cents mètres vers l’ouest, précisément à partir des deux statues colossales du souverain assis sur son trône, qui bordaient à l’origine l’entrée du monument. Construit par le pharaon pour célébrer sa gloire éternelle à un moment où l’Égypte était à l’apogée de sa puissance, l’édifice fut utilisé par ses successeurs immédiats comme carrière de pierres prêtes à l’emploi. Seules quelques parties de la structure ont été épargnées et les cultures ont peu à peu repris possession de ces lieux où s’élevaient jadis des salles hypostyles et des cours décorées par des reliefs très fins aux couleurs éclatantes. Seules ont subsisté les effigies colossales du souverain, les deux géants assis tournés vers le soleil levant. Le temps a eu raison des colosses, les traits des visages se sont effacés et le quartzite s’est craquelé. Selon la légende, Memnon était un prince éthiopien, fils de l’Aurore, qui fut tué par Achille lors d’un combat. Chaque jour, au lever du soleil, le colosse émettait par un phénomène thermique un son semblable à une plainte en traversant les fissures. Aussi, les Grecs pensaient que Memnon adressait quotidiennement un cri désespéré à sa mère. Connus comme les colosses de Memnon, les statues monumentales ont été observées par l’empereur Hadrien et son favori Antinoüs qui y ont gravé leur nom. Pour obtenir les grâces du personnage mythique, Septime Sévère (146–211) entrepris une campagne de restauration. L’attribution de la statue à Memnon et sa renommée sont restées intactes au fil des siècles jusqu’à ce que les hiéroglyphes permettent de rapprocher les deux colosses d’Aménophis III. À l’issue d’une nouvelle série de restaurations, financée par un mécène anonyme, les statues ont retrouvé l’éclat rouge intense du quartzite, tandis qu’une mission archéologique égypto-européenne, dirigée par Rainer Stadelmann et Hourig Sourouzian, a exploré la zone marécageuse et y a découvert une troisième effigie du souverain. Non loin de ce dernier, un autre colosse a été découvert ainsi que la statue de celle qui, selon les premières suppositions, pourrait être une effigie de Tiyi, la célèbre épouse d’Aménophis III. Autant de sculptures qui pourraient reprendre place devant le célèbre temple funéraire de Thèbes-Ouest.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°150 du 31 mai 2002, avec le titre suivant : Gloire à Aménophis III

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