Lundi 10 décembre 2018

Écosse

Galerie nationale d’art écossais : retour à la case départ

Glasgow contre Edimbourg

Le Journal des Arts

Le 1 septembre 1994 - 835 mots

Le projet d’installation de la nouvelle Galerie nationale d’art écossais à Glasgow, lancé en août 1991, a été finalement rejeté par le secrétaire d’État au Scottish Office, Ian Lang. Après trois ans de controverses, cette décision équivaut à revenir à la case départ.

Glasgow - Ian Lang a rejeté les propositions des administrateurs "parce qu’elles ne rallient pas le vaste consensus nécessaire à un projet de cette ampleur". Il reste toutefois "persuadé que les National Galleries ont besoin d’un réaménagement et, en particulier, de plus d’espace pour déployer leurs collections écossaises".

Les Scottish National Galleries comprennent, à l’heure actuelle, trois bâtiments séparés : la Portrait Gallery, la Gallery of Modern Art et la National Gallery, originelle, de Princes Street. Le projet d’une nouvelle Galerie nationale d’art écossais a été conçu par le directeur Tim Clifford, neuf administrateurs et leur président, Angus Grossart.

L’affaire a été, de bout en bout, mal conçue et mal exécutée. L’absence de consultation des conservateurs, des autres professionnels, et du public en général, a suscité très tôt l’accusation d’enfermer l’art écossais dans un ghetto. La création d’une Scottish Gallery entraîne obligatoirement la fermeture de la Portrait Gallery qui détient l’essentiel des œuvres écossaises. Cela n’était acceptable pour Edimbourg que si le transfert avait été local ; mais le projet de déménagement à Glasgow a naturellement soulevé une tempête de protestations.

Le Dean College d’Edimbourg
À l’origine, les autorités avaient affirmé que la nouvelle Galerie nationale d’art écossais serait installée au Dean College d’Edimbourg, proposition favorablement accueillie par le Scottish Office, qui votait aussitôt une enveloppe d’étude de 50 000 livres (420 000 francs environ) pour le cabinet Pieda.

Au printemps 1992, coup de théâtre : Glasgow demande à bénéficier de ce transfert, offrant pour l’occasion un choix de quatre sites libres pour de nouvelles constructions ou pour des transformations. Cette proposition est appuyée par la promesse de 10 millions de livres cash (environ 85 millions de francs) et d’un prêt de longue durée d’œuvres importantes – toiles de Charles Rennie Mackintosh, des Coloristes et des "Glasgow Boys" –, uniquement si le transfert est accepté.

En juin 1992, le cabinet de Pieda se prononce en faveur de Glasgow contre le Dean College d’Edimbourg. Cette dernière ville disposait bien d’une demi-douzaine d’autres sites, mais qui n’étaient pas libres, à la différence de ceux de Glasgow ; elle persistait toutefois à proposer le Dean College.

Les administrateurs devaient donc choisir entre le Dean College et deux sites de Glasgow : Kelvingrove Park et le Tribunal de première instance.

En janvier 1993, une commission d’études a été mise en place.  Les administrateurs – nommés par le secrétaire d’Etat – avaient toute raison de penser que le ministère les soutenait. Le cabinet d’architecture Page & Park avait déjà produit des plans pour réaménager le Tribunal de première instance.

Un musée pour le grand Glasgow ?
En juin 1993, Glasgow présenta deux autres projets pour Kelvingrove Park, œuvres de Sir Norman Foster et Terry Farrell. Le 30 novembre, les administrateurs annonçaient leur ultime décision ; ce serait Kelvingrove Park, avec un budget de 20 millions de livres (170 millions de francs) à la clef. Confusion d’Edimbourg.

Logiquement, Glasgow devait l’emporter : elle bénéficiait d’un quadruple avantage démographique, artistique, décisionnel et financier ; les mécènes étaient impressionnants et le monde de la culture penchait pour elle. Plus de la moitié de la population écossaise, soit 2,3 millions de personnes, vit dans le grand Glasgow, contre 434 000 habitants pour Edimbourg. Trois millions de personnes visitent chaque année les musées de Glasgow, contre 675 000 seulement pour ceux d’Edimbourg.

"Save the Portrait Gallery !"
La résistance s’organisa à Edimbourg. Des figures éminentes, allant du député Malcolm Rifkind à l’écrivain et producteur de radio Ludovic Kennedy, remplirent les colonnes des journaux. La controverse fut orchestrée par le Journal d’Edimbourg dont l’ancien propriétaire avait partiellement financé le bâtiment de la Portrait Gallery, en 1889. Une grande manifestation eut lieu le 18 janvier 1994, sous la bannière "Save the Portrait Gallery ! ", demandant l’ouverture d’une enquête d’utilité publique.

Une semaine plus tard, la Chambre des lords connaissait un débat houleux animé par Lord Perth, président du comité de soutien au Royal Scottish Museum. Ian Lang céda quatre mois plus tard.

Durant la controverse, on n’a pas vraiment discuté de la qualité même du projet. Comme le faisait remarquer un conseiller municipal de Glasgow, on estimait là-bas que la question était résolue lorsque la ville a proposé un site. Glasgow considère la décision de Ian Lang comme une trahison. Au lieu de développer la réputation artistique de l’Écosse, cette affaire a creusé un fossé entre les deux cités traditionnellement rivales.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Edimbourg n’a fait que geler la situation, donnant au Trésor une excuse légitime pour ne pas dépenser d’argent dans une Écosse où l’on ne vote guère conservateur. Malgré des appels à la conciliation, Angus Grossart et ses administrateurs restent partisans d’une National Gallery à Glasgow : reste à savoir s’il s’agira d’une simple "annexe" ou d’une structure unifiée et entièrement nouvelle.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°6 du 1 septembre 1994, avec le titre suivant : Galerie nationale d’art écossais : retour à la case départ

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