Franco Albini « il Maestro »

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 22 avril 2013 - 490 mots

L’architecte incarne le courant néorationaliste italien
des années 1930, lequel cherche à marier fonctionnalisme européen et patrimoine classique italien.

On connaît peu, voire mal, l’œuvre de Franco Albini (1905-1977), qui fut pourtant l’architecte transalpin le plus connu des années 1950. Il était un peu plus jeune que Gio Ponti (1891-1979), un poil plus vieux qu’Ico Parisi (1916-1996), mais de la même génération que Carlo Mollino (1905-1973) ou Carlo Scarpa (1906-1978). Fils d’ingénieur doué pour le dessin et rompu à la technique, Franco Albini sort diplômé du Politecnico de Milan en 1929. Puis, après un bref passage chez le maître Gio Ponti, il ouvre, l’année suivante, sa propre agence.
Chacun de ses projets est un manifeste. À commencer par son propre appartement de la Via de Togni, à Milan, qui fera l’objet d’une publication dans  la revue d’architecture Domus, en 1941. D’un côté, une rigueur janséniste, de l’autre, une fraîcheur et une poésie dans les propositions spatiales. Déjà les tableaux sont sortis de leurs cadres et maintenus par de simples mâts métalliques, presque en lévitation. Dans la chambre, Albini déploie un système d’accrochage des toiles qui anticipe ceux qu’il dessinera, quelques années plus tard, pour les musées de Gênes.

« Le crayon comme une épée »
Entre 1945 et 1946, il dirige la revue d’architecture Casabella, puis, de 1949 à 1963, enseigne à l’Institut universitaire d’architecture de Venise, enfin, de 1963 à 1977, il devient professeur de composition architectonique au Politecnico, à Milan. Engagé dans le Mouvement moderne, Franco Albini incarne néanmoins le courant néorationaliste italien des années 1930, lequel cherche à marier fonctionnalisme européen et patrimoine classique de l’Italie. Ainsi, le refuge Pirovano, chalet de vacances édifié à Cervinia et juché sur de magistrales colonnes, est un mélange subtil de formes fonctionnalistes et d’architecture vernaculaire. Dans un registre différent, on lui doit, entre autres, un bâtiment à la géométrie stricte et néanmoins célèbre : celui des magasins La Rinascente, construit en 1957, à Rome.

Franco Albini est aussi un pionnier du design italien. Dès 1936, lors d’une exposition à la Triennale de Milan, il livre, avec sa Stanza per un Uomo (« Pièce pour un homme »), une contribution on ne peut plus progressiste, aménageant un minuscule espace dans lequel il attribue à chaque élément une ou plusieurs fonctions bien définies. Pour lui, le design est un instrument d’expérimentation. Albini explore les sièges, les tables, les luminaires et autres bibliothèques avec l’ambition de réinventer des typologies en accord avec « une poétique fondée sur le défi de la pesanteur ». L’exemple le plus fameux est à n’en point douter sa bibliothèque Veliero, structure tendue en verre et filins d’acier qui annonce de façon quasi prémonitoire le style High-Tech. Mais ses sièges en osier ou en rotin, comme le fauteuil Margherita, témoignent aussi d’une remarquable sensibilité aux matériaux.
Réputé taiseux, l’homme se révèle sans fioritures ni compromis, tendu vers l’essentiel : « Il faut utiliser le crayon comme une épée », disait-il.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°657 du 1 mai 2013, avec le titre suivant : Franco Albini « il Maestro »

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