Mercredi 29 janvier 2020

Eli Broad sauve le Lacma

Le généreux mécène donne 60 millions de dollars au musée

Le Journal des Arts

Le 12 septembre 2003 - 839 mots

Eminent collectionneur et mécène de Californie, Eli Broad vient de faire cadeau de 60 millions de dollars au
Los Angeles County Museum of Art. Réparti entre le fonds d’acquisition d’art contemporain et le financement d’une future aile pour le musée, ce don est le plus important jamais reçu par l’institution. Quelques mois après l’échec du projet de reconstruction proposé par Rem Koolhaas, le musée californien fait son retour dans la cour des grands.

LOS ANGELES (de notre correspondant) - À l’occasion de la célébration de son soixante-dixième anniversaire, en juin, Eli Broad, mécène et collectionneur milliardaire, a rendu publique son intention de donner 60 millions de dollars (53 millions d’euros) au Los Angeles County Museum of Art (Lacma) afin de construire un nouveau bâtiment consacré à l’art d’après guerre et enrichir le fonds d’acquisition d’art contemporain du musée.
Cette donation, la plus importante de l’histoire du musée, couvrira le coût total de la construction d’une aile (50 millions de dollars), qui portera le nom de son bienfaiteur et sera réalisée par l’architecte de son choix, sous réserve d’approbation du conseil d’administration. Encore au stade premier, le projet prévoit une structure de 6 500 m2 faisant face au Wilshire Boulevard et venant combler le vide entre le bâtiment principal du complexe muséal et son annexe, le Lacma West.
Ce terrain est aujourd’hui traversé par la Ogden Street qui, selon la présidente-directrice générale Andrea Rich, sera fermée. La nouvelle aile abritera les collections permanentes de l’art d’après guerre, quelque 200 œuvres issues de l’imposante collection personnelle d’Eli Broad (lire l’encadré), sans oublier les nouvelles pièces acquises grâce à la donation – 10 millions de dollars sont réservés au fonds d’acquisition d’art contemporain du musée.
Ce don est une véritable aubaine pour l’institution à peine remise de l’annulation récente du projet de Rem Koolhaas, qui prévoyait de raser son bâtiment et de reconstruire entièrement le complexe (lire le JdA no 162, 10 janvier 2003). Eli Broad, membre du conseil d’administration du musée depuis 1995, avait fait une promesse de don de 50 millions de dollars en faveur de ce projet – d’un coût global de 300 millions de dollars –, qui a dû être abandonné faute de mécènes. Pour Andrea Rich, le projet Koolhaas ne tient plus la route : “Je ne lui trouve pas de réel potentiel. Il y avait un véritable engouement, mais, à l’époque, c’était impossible. Nous nous sommes réorientés vers le plan initial.” Ce dernier consistait à reconfigurer le complexe de plusieurs bâtiments, dont la construction s’étire sur une période de trente ans.
Le musée avait retenu cinq architectes ; quatre d’entre eux proposaient de relier le complexe muséal au Lacma West. Seul Koolhaas suggérait d’abattre l’édifice actuel et d’en construire un nouveau. Son projet a généré un enthousiasme considérable au sein du conseil d’administration et de l’ensemble des salariés, mais, pour reprendre les mots d’Andrea Rich, “il devait être réalisé en une seule fois”. À l’opposé, le projet Broad “se déroulera selon des phases logiques, ce qui ne gâche rien en ces temps économiquement difficiles. La réalisation se fera par étapes, confèrant une certaine stabilité. Il ne s’agit pas d’un projet extrêmement risqué qui mettrait l’institution en péril.”
Le Lacma a récemment réorganisé sa collection encyclopédique de 100 000 œuvres en départements pour les Arts d’Europe, d’Asie, des Amériques, et pour l’Art moderne et contemporain – restructuration qui ressemble fortement à celle entreprise il y a quelques années par le directeur du Museum of Fine Arts de Boston, Malcolm Rogers. Le projet Broad permettra à cette nouvelle configuration de refléter ce plan de “musées-dans-le-musée” qui, d’après Andrea Rich, devrait rendre les relations entre les “collections permanentes et [les] expositions bien plus cohérentes”. Lorsque l’art d’après guerre intégrera l’aile Broad, les 2 300 m2 de l’Anderson Building accueilleront les collections d’arts des Amériques. L’art chinois et l’art islamique quitteront le Ahmanson Building pour rejoindre le Hammer Building, aux cotés du Pavillon japonais. L’aile Ahmanson sera consacrée à l’art moderne et européen. Le Lacma West, un ancien bâtiment des grands magasins May, abritera les bureaux, les espaces multimédias, les activités pour les enfants, et un centre de recherche.
Tous ces changements promettant d’être coûteux, Eli Broad a l’intention de mener une campagne pour réunir 100 millions de dollars destinés au réaménagement du complexe et à la dotation du musée – qui tourne aujourd’hui autour de 80 millions de dollars.

Portrait d’un collectionneur

Avec une fortune estimée aux alentours des 5 milliards de dollars (4,4 milliards d’euros), Eli Broad est un grand collectionneur dont la fondation occupe un bâtiment de quatre étages à Santa Monica (rens. : www.broadartfoundation.org). Il est également le principal mécène de Los Angeles. Ses récentes contributions incluent une donation de 20 millions de dollars pour un centre d’art à l’UCLA et une autre de 23 millions de dollars pour un bâtiment de biologie au California Institute of Technology. Il a établi sa fortune en créant une société de construction de pavillons et SunAmerica, une société de services financiers qu’il a revendue 18 milliards de dollars en 1999.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°176 du 12 septembre 2003, avec le titre suivant : Eli Broad sauve le Lacma

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