De poudre et de soie...

Réouverture du Musée d’art et d’industrie de Saint-Étienne

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 5 février 2008

Bastion des industries du ruban, d’armes et de cycles, Saint-Étienne a été façonnée par ses manufactures, comme en témoignent les hautes fenêtres des immeubles-ateliers où logeaient jadis les passementiers. Dépositaire de ce patrimoine, le Musée d’art et d’industrie ouvre à nouveau ses portes, après avoir été rénové par le cabinet de Jean-Michel Wilmotte, de 1999 à 2001.
Une présentation sobre, voire rustique, et d’importants outils multimédias mettent habilement les collections en valeur.

SAINT-ÉTIENNE - Installé au cœur de la ville, dans un grand bâtiment en pierre du XIXe siècle, le Musée d’art et d’industrie de Saint-Étienne rouvre au public après deux ans de travaux, pour un budget de plus de 69 millions de francs (10,5 millions d’euros). L’édifice souffrait d’un délabrement général, de l’absence de climatisation dans les salles, d’ascenseurs, de monte-charge et de câblage pour accueillir des structures informatiques, tandis que les quelques structures muséographiques existantes étaient dépassées. Très mal loti, le sous-sol – qui accueillait auparavant une petite galerie de mine que les écoliers visitaient en wagonnets sur rails – avait besoin d’être totalement rénové : les voûtes de briques, encombrées de réseaux en tout genre, ont été restaurées, les fondations nettoyées par un sablage humide, l’ancienne terre battue remplacée par un sol noir brillant en coulis de ciment et de nombreuses baies vitrée percées vers l’extérieur, afin de créer une grande salle d’exposition permanente. Autre modification majeure : l’installation de deux escaliers creusés dans la masse même des fondations, afin d’assurer la liaison de ce sous-sol avec l’entrée principale. Comme le musée manquait d’espace, le sous-sol a été creusé de manière à créer une extension vers l’arrière du bâtiment. Des salles d’accueil pour les groupes et les scolaires ainsi qu’une vaste pièce avec régie pour les conférences y ont été aménagées. Par ailleurs, pour plus de luminosité, les anciens escaliers latéraux ont été élargis et les voûtes de briques sous les volées du grand escalier d’honneur dégagées.

Mise en valeur des collections
Constituée dès 1830 par des notables stéphanois et entièrement réorganisée en 1889 en lieu de formation et d’émulation pour les artistes, la collection du musée comptait des pièces de rubanerie, d’armurerie mais aussi de beaux-arts, auxquelles, en 1947, le nouveau conservateur ajoutait une section de cycles, une petite galerie de mine et plusieurs œuvres d’art moderne. À la fin des années 1980 – après l’ouverture du Musée d’art moderne et celui de la mine –, le Musée d’art et d’industrie se recentre sur ses collections d’armes, de rubans et de cycles, qui aujourd’hui occupent chacun un niveau différent du musée : les vélos dans l’ancien sous-sol, les tissus au rez-de-chaussée et l’artillerie au deuxième étage, le premier étant réservé aux expositions temporaires et à la documentation. Pour mettre en exergue la création rubanière, le musée présente d’une part les outils de production, des métiers à tisser que d’anciens passementiers viennent chaque après-midi actionner, et, d’autre part une multitude de rubans, réunis dans des albums d’échantillons et classés par catégories techniques : unis, velours, jacquard, tresses, soieries. Pour en exposer le plus grand nombre, tout en les protégeant de la lumière, de grands meubles à tiroirs quelque peu austères ont été conçus. La collection des armes, quant à elle, se caractérise par sa diversité : armes réglementaires, civiles ou pour la chasse, du Moyen Âge à nos jours, sans négliger les différentes évolutions techniques. La plupart des pièces sont installées sur des cimaises gris foncé ou derrière des vitrines assez lourdes, “des vitrines sobres et simples, précise Fabrice Drain, architecte responsable du projet, pour mieux mettre en valeur la sophistication de certaines pièces, la finesse des ciselures et de la marqueterie”. Enfin, le musée offre un panorama complet de l’évolution du cycle, du monocycle de Brescia (fin XVIIIe siècle) au vélocipède Michaux, de la première bicyclette française, élaborée en 1886 à Saint-Étienne par les frères Gauthier, aux différents prototypes à double pédalage de 1992. Outre une meilleure mise en valeur des collections et un gain de place, le musée souhaitait se doter d’un équipement multimédia. De nombreuses vidéos avec des éléments techniques, des images en 3D ou des films d’époque, ainsi que des bornes d’accès aux collections et des jeux interactifs ponctuent tout le parcours. Des “points découverte”, boîtes de senteurs, loupes et macro-images, permettent d’identifier les tissus au toucher, de tester les couleurs des rubans sous différentes sources lumineuses ou encore de respirer le parfum des poudres dans les salles d’armes. Vaste et lumineux, l’espace dévolu aux expositions temporaires accueillera les créations d’Élisabeth de Senneville pour une manifestation consacrée aux “Habits de recherche” (8 décembre-22 avril), puis les “Affiches de cycles” (3 mai-22 septembre), s’appuyant sur le fonds des 350 posters du musée.

- Musée d’art et d’industrie, place Louis-Comte, 42000 Saint-Étienne,ouvert tlj sauf mardi, tél. 04 77 33 04 85, 10h-18h, www.st-etienne.fr

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°138 du 7 décembre 2001, avec le titre suivant : De poudre et de soie...

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