Dans le grand bain de la culture

Inauguration du Musée d’art et d’industrie de Roubaix dans une ancienne piscine

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 6 février 2008

Après deux siècles d’industrie lainière, ravagée par la crise du textile, Roubaix se tourne actuellement vers de nouvelles activités sans pour autant se couper de son passé. Les nombreux espaces laissés vacants, anciennes courées ouvrières, maisons de maîtres et usines aux murs de briques et grandes verrières, sont peu à peu reconvertis. C’est le cas de l’ancienne piscine municipale – construite entre 1927 et 1932 par l’architecte lillois Albert Baert et fermée depuis une quinzaine d’années –, qui accueille aujourd’hui le Musée d’art et d’industrie de Roubaix. De la réutilisation des cabines de douche en salles d’exposition au maintien du bassin, visite guidée au cœur d’un musée à l’image de sa ville.

ROUBAIX - Depuis l’avenue Jean- Lebas, par un long mur de brique – la façade de l’usine textile Hannart, désormais fermée –, on accède au Musée d’art et d’industrie de Roubaix, installé dans l’ancienne piscine municipale Art déco. Conçue dans un esprit byzantin selon le plan des abbayes cisterciennes, la piscine a fermé précipitamment en 1985 pour des raisons de sécurité : l’imposante voûte, doublée de laine de verre aux lendemains de la guerre, s’était gorgée de chlore et menaçait de s’écrouler. Pour un budget total de 131 millions de francs, l’architecte Jean-Paul Philippon, tout en conservant la vocation primitive du lieu, a imaginé un parcours lumineux par le biais d’imposantes verrières et d’espaces ouverts. L’ancien bassin (40 mètres de longueur), qu’éclairent deux grands vitraux symbolisant le soleil levant et le soleil couchant, a été magnifiquement préservé. C’est dans ce bassin que, “plus que nulle part ailleurs dans le bâtiment, Baert répond à la commande de la municipalité de construire la plus belle piscine de France en associant prouesses techniques [...] et théâtralisation du décor qui force à l’admiration à chaque visite. Rien ne semble laissé au hasard dans le dessin de chaque détail”, souligne le conservateur, Bruno Gaudichon (lire l’entretien ci-contre). De l’ancien bassin à proprement parler subsiste un grand miroir d’eau qu’il est possible de recouvrir par un plancher lors des réceptions, expositions ou défilés. Autre opération réussie, les anciennes cabines de douche ont été décloisonnées puis transformées en vitrines ou en cabinets de consultation pour les objets craignant la lumière. Quelques-unes ont été conservées dans leur état initial, à titre de témoignage. Aux bords du plan d’eau, autour de la mosaïque à décor aquatique, se déploient des statues monumentales et décoratives des XIXe et XXe siècles, en plâtre, marbre, pierre ou bronze qui donnent un bel aperçu des collections du musée.

Arts appliqués et beaux-arts
Fermé depuis 1940, le Musée de Roubaix n’avait jamais été rouvert au public. Sa collection s’est constituée au début du siècle autour de donations, d’envois de pièces importantes par des manufactures nationales (notamment de Sèvres), d’ensembles confiés par des artistes ou leurs héritiers (Galland, Roche, Lemaire) et des achats. Aujourd’hui, les pièces sont réparties en deux parcours bien distincts : le fonds d’arts appliqués, installé dans l’ancien bassin et aux étages, qui abritaient des cabines pour les écoliers, et la collection des beaux-arts, dans les ailes autrefois réservées aux baignoires. Le premier, dont la quasi-totalité sera exposée par roulement, compte de nombreux dessins, pièces de mobilier, tapis, céramiques, objets d’art et surtout un très riche fonds textile (8 000 livres d’échantillons et 50 000 pièces de tissu d’habillement et d’ameublement). Les ensembles appartenant aux XVIIIe et XIXe siècles sont les plus complets, bien que la donation en 1992 des archives Delerue offre un large panorama du XXe siècle. Les tissages Jacquard témoignent des spécialités roubaisiennes tandis que l’ensemble viennois des Wiener Werkstätte et la collection d’impressions russes du début du siècle soulignent les richesses des textiles étrangers. Le musée comprend également des céramiques de Picasso, léguées par l’artiste, et de Carbonell, Durio, Fouquet, Dufy déposées par le Musée national d’art moderne ou le Fonds national d’art contemporain. Ce dernier a aussi mis en dépôt une partie de sa collection de design. La réouverture du musée s’est accompagnée d’importantes campagnes de restauration, dont l’une des plus spectaculaires est celle du grand portique de grès émaillé polychrome conçu par Sandier pour l’Exposition internationale de Gand en 1913, qui a demandé trois mois de travail.

Le fonds des beaux-arts repose essentiellement sur le legs consenti au musée, en 1924, par le négociant textile roubaisien Henri Selosse. Les peintures et sculptures réunies couvrent le XIXe siècle et le début du XXe, du réalisme des Salons officiels à des sujets plus exotiques, des portraits ou scènes de genre académiques au début de la modernité. Les œuvres sont regroupées par dates mais aussi par thèmes. Autour de La Petite Châtelaine de Camille Claudel (1896), la salle consacrée à “l’enfance” réunit ainsi des œuvres de Sims, Vuillard, Bussy, Schnegg, Cazin, Laparra ou Bartholomé. D’autres pièces sont de véritables petites monographies, consacrées à Victor Galland, Jean-Joseph Weerts ou encore Rémy Cogghe célèbre pour ses scènes pittoresques, tel le Combat des coqs en Flandre (1889). La dernière salle évoque l’art des années 1930, en écho au style du bâtiment. Les autres parties du musée sont dévolues à des activités reprenant celle de l’ancienne piscine : la buvette devient le restaurant du musée, le jardin claustral sera aménagé en jardin botanique consacré aux plantes textiles, et la boutique est installée dans le spectaculaire décor de la salle des filtres. Seul regret : la salle des expositions temporaires (630 mètres carrés) est quelque peu amputée par l’auditorium, situé juste au-dessus.

- Musée d’art et d’industrie, 24 rue des Champs, 59100 Roubaix, tél. 03 20 69 23 60, tlj sauf lundi et jours fériés, 11h-18h et 20h vendredi, 13h-18h week-end, lapiscine.musee@mairie-roubaix.fr

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°135 du 26 octobre 2001, avec le titre suivant : Dans le grand bain de la culture

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