Charles-Henri Filippi - On n’achète pas assez français

Par Martine Robert · L'ŒIL

Le 9 novembre 2012 - 532 mots

Collectionneur et mécène, auteur d’essais courageux, le banquier d’origine corse défend un engagement total envers la culture.

Dans le monde froid de la finance, Charles-Henri Filippi apparaît très atypique. Le président de la banque Citi France, et ex-président de HSBC France, est un humaniste philanthrope. Très engagé dans la culture, ce collectionneur passionné par la photographie, administrateur du Centre Pompidou, actionnaire de la maison de ventes Piasa et mécène du Festival d’Aix-en-Provence, préside aussi l’Amoc, l’Association des mécènes de l’Opéra-Comique. « Avec un père sénateur, j’ai toujours eu le goût de la chose publique », affirme ce diplômé de Sciences-Po et de l’ENA, passé dans les années Mitterrand par les cabinets de Jacques Delors, alors ministre de l’Économie, et de Georgina Dufoix, aux Affaires sociales.

C’est aussi durant cette période qu’il commence à porter de l’intérêt à l’art contemporain, grâce à Yvon Lambert qui lui fait découvrir l’art minimal et les artistes américains. Ensuite, en tant que directeur du CCF puis aux rênes de HSBC, il s’emploie à soutenir les jeunes talents et l’éducation artistique, notamment via la création de la Fondation HSBC. « C’est intéressant du point de vue artistique bien sûr, mais également du point de vue de l’entreprise : clients, personnel, tous apprécient cette dimension culturelle et sociale. »

Les sept péchés du capital
Il y a une dizaine d’années, ce Corse d’origine a monté l’été, dans les villages d’Erbalunga et de Vescovato, des soirées lyriques avec l’aide de Stéphane Lissner, futur directeur de l’Opéra de Paris. Charles-Henri Filippi a également créé la Fondation Proficio, alimentée par sa propre « caisse philanthropique », pour soutenir des projets d’intérêt général dans sa région natale. « Je gagne bien ma vie et je veux être solidaire, comme on l’est d’ailleurs en Corse. J’aime l’argent, mais comme un élément de liberté. C’est un privilège de pouvoir réaliser des actions comme celles-là », souligne le mécène, auteur d’essais courageux, tels Les 7 Péchés du capital ou L’Argent sans maître, dans lesquels, fort de ses idéaux sociaux, il défend un capitalisme à visage humain.

« Je ne suis pas assez marchand »
Depuis que l’art a pris un tournant « spéculatif et bling-bling », ce quinquagénaire hyperactif dit avoir « perdu pied » avec le marché de l’art. « Il n’y a pas beaucoup de collectionneurs en France, et peu prennent des risques. On n’achète pas assez français, c’est notre côté petit-bourgeois. » Son aventure dans Piasa est avant tout celle d’une bande d’amis, tous amateurs d’art. « Il y a un boom sur les œuvres chères, qui profite surtout à Christie’s et Sotheby’s. C’est difficile quand on se situe sur un segment plus modeste du marché », explique-t-il. « J’aimerais organiser plus de ventes thématiques, d’expositions, et proposer davantage de conseil aux collectionneurs, leur offrir notre œil. »

À l’Opéra-Comique, à la demande du directeur du lieu, Jérôme Deschamps, l’homme d’affaires prend régulièrement son bâton de pèlerin pour sensibiliser ses pairs à la nécessaire démocratisation culturelle. Mais ce généreux donateur préfère payer de ses deniers plutôt que d’aller sonner à la porte de ses amis patrons. « Cela m’est difficile, je ne suis pas assez marchand », confie le banquier. Pas banal, décidément, Charles-Henri Filippi.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°652 du 1 décembre 2012, avec le titre suivant : Charles-Henri Filippi - On n’achète pas assez français

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