Mercredi 21 novembre 2018

Défi

Carpentras parie sur le déménagement de la bibliothèque-musée de l’Inguimbertine à l’hôtel-Dieu pour changer son image

En plein reconquête de son centre ancien, Carpentras espère changer son image avec le déplacement de l’Inguimbertine à l’hôtel-Dieu.

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 3 septembre 2013 - 977 mots

Carpentras compte sur le déménagement de la bibliothèque-musée de l'Inguimbertine et ses collections remarquables dans le bâtiment de l’hôtel-Dieu pour reconquérir son centre historique. L'enjeu est aussi de modifier son image ternie par l'ombre de la xénophobie. L'ouverture se fera en deux temps, 2016 et 2018.

CARPENTRAS - Plus de 250 ans après sa mort, Dom Malachie d’Inguimbert (1683-1757) pourrait bien à nouveau répandre ses bienfaits sur Carpentras qui traîne depuis plus de vingt ans une vilaine et injuste réputation. Alors que le Comtat Venaissin et Avignon étaient terres pontificales (elles ne redeviendront françaises qu’en 1791), cet évêque cultivé et visionnaire fit don à sa ville natale où il s’installa à son retour d’Italie, de deux remarquables institutions : une bibliothèque qui abrite une extraordinaire collection de livres, manuscrits et médailles, agrémentée de quelques peintures et sculptures et d’un hôtel-Dieu achevé en 1762.

Au fil du temps, les collections se sont agrandies grâce à la contribution d’autres donateurs (en particulier au XIXe de Casimir Barjavel), elles ont survécu aux multiples tentatives d’aliénation, mais elles sont aujourd’hui à l’étroit dans le bâtiment (qui n’est pas le site d’origine) où elles ont été transférées avec la bibliothèque en 1888. La fréquentation de la partie musée (le Musée Comtadin-Duplessis) s’en ressent avec moins 2 000 visiteurs par an, tandis que les conditions de conservation sont contraintes. Or depuis 2001 et le départ de l’hôpital, l’Hôtel-Dieu et ses 10 400 m² sont disponibles. L’idée de déplacer l’un vers l’autre fait progressivement son chemin. Des travaux de restauration du clos et du couvert du bâtiment classé (en 1862) sont d’abord réalisés pour un montant de 7 millions d’euros. Un premier projet est initié par la municipalité précédente avec le concours de l’architecte Jean-Michel Wilmotte, mais c’est une configuration différente proposée par l’Atelier Novembre, qui est finalement retenue. Marc Iseppi et Jacques Pajot d’Atelier Novembre ont notamment à leur actif la restructuration du centre historique minier de Lewarde à Douai, la restauration du Centquatre à Paris et le mémorial du Camp des Milles à Aix-en-Provence.

Une bibliothèque-musée unique en France
Tout en laissant tels quels les espaces historiques de l’Hôtel-Dieu que sont le vestibule, la salle des « donatifs », la pharmacie et la chapelle, ils prévoient de créer un lieu atypique associant lecture publique et mise en valeur du patrimoine. « L’Inguimbertine est aujourd’hui la seule bibliothèque-musée en France ; c’est cette imbrication des deux types de collections qui fait son originalité. L’amplification et la mise en valeur de cette spécificité dans le cadre de l’hôtel-Dieu garantiront le succès de ce projet », revendique Jean-François Delmas, le conservateur des deux institutions qui porte le projet depuis son arrivée à Carpentras en 2004. « La réhabilitation de ce site en lieu culturel est d’autant plus justifiée que de nombreux habitants ont fréquenté l’hôpital », ajoute-t-il. Le Projet scientifique et culturel (PSC) rédigé en 2009 envisage ainsi plusieurs sections : un espace de lecture (1 500 m²) agrémenté d’objets d’art, la reconstitution des cabinets de travail de l’évêque et de Barjavel (300 m²), des réserves visitables (300 m²) et des galeries (1 700 m²) exposant quelques-unes des 1 000 peintures et 500 sculptures du fonds beaux-arts, dont un ensemble de portraits réalisés par Joseph Duplessis (1725-1802), un autre natif de Carpentras. Les réserves non visitables s’étendront sur une superficie de 1 800 m². Un espace était à l’origine prévu pour exposer une donation Bernard Buffet, un temps envisagée par le dépositaire de l’œuvre le galeriste Maurice Garnier, mais la Direction des Musées de France n’aurait pas donné son accord à cette donation en raison de la qualité des œuvres cédées. Les contraintes de financement obligent à séquencer les travaux en deux phases principales conduisant à une ouverture de la bibliothèque début 2016 et une ouverture du hall d’accueil, des cabinets d’étude et du musée en 2018. Tout en soulignant le consensus général derrière le projet (dont le député UMP Julien Aubert challenger officiel du maire), Jean-Luc Becker, l’ancien maire adjoint et également candidat d’opposition (Divers droite) pour la prochaine municipale, pointe les difficultés de financement.

Les coûts à venir sont en effet élevés – au moins 37 millions d’euros – et à l’heure actuelle seuls les 13 millions d’euros nécessaires pour les travaux de la bibliothèque sont plus ou moins assurés avec des concours publics, dont les collectivités territoriales. Le budget de fonctionnement et le financement de la bibliothèque-musée sont eux aussi encore flous. Le maire PS Francis Adolphe, un ancien producteur de spectacle, assure que les nouvelles ressources viendront d’économies sur les autres budgets municipaux. Outre le financement incertain, d’autres éléments doivent encore être finalisés, notamment la programmation de l’espace (300 m²) pour les expositions temporaires, et même le nom du nouveau lieu.

Un enjeu d’image

Mais la ville tient coûte que coûte à mener à bien ce projet identitaire, qui est non seulement une composante essentielle de la reconquête du centre-ville, mais aussi un vecteur de communication à l’échelon national. Longtemps la région a vécu de sa production maraîchère et des activités connexes, mais elles n’ont pas résisté à la nouvelle carte agricole et la ville ne cesse de décliner depuis le début du siècle précédent provoquant l’appauvrissement de ses habitants, le départ des catégories les plus aisées du centre historique et leur remplacement pas une population issue de l’immigration et en situation précaire. Carpentras traîne aussi comme un boulet la profanation de son cimetière juif en 1990 et la montée du Front national dans la région marquée par l’élection récente de Marion Maréchal Le Pen dans la circonscription sud de la ville. Mais « avec nos programmes de réhabilitation des îlots du centre, la création d’une coulée verte, la réouverture de la ligne ferroviaire avec Avignon, et l’Inguimbertine à l’Hôtel-Dieu, Carpentras dispose de formidables atouts pour développer sa vocation touristique et culturelle », affirme le maire en lice pour sa réélection.

Légende photo

L’escalier de l’hôtel-Dieu de Carpentras. © Photo : Ville de Carpentras.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°396 du 6 septembre 2013, avec le titre suivant : Carpentras parie sur le déménagement de la bibliothèque-musée de l’Inguimbertine à l’hôtel-Dieu pour changer son image

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