Mercredi 12 décembre 2018

Barcelone : du gothique au contemporain

Le Journal des Arts

Le 26 septembre 1997 - 907 mots

Le Musée national d’art de Catalogne (Mnac) vient de rouvrir sa section gothique. Les collections des XIIIe, XIVe et XVe siècles étaient fermées au public depuis 1989, en raison de la restructuration du Palais national de Barcelone qui abrite le musée.

BARCELONE (de notre correspondant).
Le Musée de Catalogne redéploie un fonds essentiel…
Eduard Carbonell, directeur du Mnac et médiéviste de renom, peut être satisfait : après la section romane inaugurée en décembre 1995, le département d’art gothique vient de rouvrir ses portes, conformément au calendrier prévu. Le public va donc pouvoir redécouvrir des collections inaccessibles depuis près de huit ans. Le musée retrouve quant à lui l’un de ses fonds essentiels, à la fois en qualité et en quantité. Sur les 1 400 œuvres du Mnac, la section gothique représente en effet 427 pièces, parmi lesquelles trois cycles de fresques, 180 peintures sur bois, 110 sculptures en pierre, 38 sculptures en bois, 48 pièces d’orfèvrerie, ainsi que des éléments d’architecture et de décoration. L’ensemble a été redéployé dans toute l’aile droite du Palais national, soit 3 000 m2 répartis sur vingt salles. L’approche est à la fois chronologique et stylistique. Eduard Carbonell et Maria Rosa Manote, conservateur du département, ont voulu donner une vision globale de l’art gothique, sans qu’un trop-plein d’informations didactiques ne vienne entraver le contact direct du public avec les œuvres. Le parcours commence par cinq salles thématiques consacrées à l’art civil, aux mécènes, au monde funéraire, à l’iconographie de la Vierge, à l’art flamand et hispano-flamand. Le point de vue adopté est ensuite plus chronologique : passé les prémices du Gothique en Espagne, sont évoqués les artistes italiens, l’influence de l’école italienne sur les peintres catalans, puis l’école de Valence, bien représentée, qui cède la place au Gothique international catalan (avec la célèbre Crucifixion de saint André, par Lluís Borassá). Le parcours se poursuit par des salles “monographiques” présentant quelques grandes figures du Gothique, comme Bernat Martorell, Jaume Huguet et Lluís Dalmau. Il se termine par une ouverture sur l’art postérieur à Huguet et sur l’influence flamande à Majorque, en Castille, en Estrémadure et en Andalousie.

Cette réouverture s’intègre dans un vaste programme de travaux entamé en 1989. Édifié pour l’Expo­sition universelle de 1929, le Palais national est en cours de restructuration selon les plans de Gae Aulenti. Le projet a déjà coûté l’équivalent de 386 millions de francs, dont un peu plus de 27 pour le département d’art gothique. Les aménagements devraient se poursuivre avec l’installation des sections Baroque et Renaissance, mais aussi le transfert du Musée d’art moderne du parc de la Ciudadella, qui représentent un coût supplémentaire d’environ 175 millions de francs. Leur réalisation dépendra des accords entre la Municipalité, la Generalitat (Région autonome) et le ministère de la Culture.

...et le Macba hérite d’une collection hétéroclite
Centre d’exposition depuis 1995, le Musée d’art contemporain de Barcelone (Macba) dispose dorénavant de fonds permanents : la Mairie de Barcelone, la Generalitat de Catalogne et la Fondation Macba ont en effet déposé leurs collections d’art contemporain dans cette structure commune, pour une période de dix ans renouvelables. Lourde tâche en vue pour Antonia María Perelló, son conservateur, qui devra dégager une cohérence dans une collection très hétéroclite. La prolifération des musées d’art contemporain en Espagne, ces dix dernières années, ne s’est pas faite sous le signe de la qualité et de la cohérence. Le Macba n’échappe pas à la règle. Il vient d’hériter d’un ensemble extrêmement disparate composé de 1 728 œuvres de 435 artistes différents. La Generalitat de Catalogne est le principal prêteur avec plus d’un millier d’œuvres d’artistes catalans – de Miró à Ferran García Sevilla, en passant par Brossa, Muntadas, Carlos Pazos ou Perejaume – et d’artistes internationaux tels que Beuys, Pistoletto ou Alfredo Jaar. De son côté, la Mairie de Bar­celone apporte sa collection d’art contemporain ainsi que des œuvres provenant des Ateliers d’art Triangle et du département d’Art moderne du Musée d’art national de Catalogne. Une donation de 22 œuvres vient compléter cet apport, parmi lesquelles des pièces de Judd, Morris, Juan Muñoz, Oteiza et Sterbak.

 À bien des égards, le Macba risque d’avoir le même parcours tortueux que le Centre d’art Reina Sofía de Madrid. Beaucoup de points rapprochent en effet ces deux musées : mêmes débuts en tant que centres d’expositions ; même héritage de collections très composites, qu’ils doivent largement réorganiser, adapter et élargir pour atteindre les buts qu’ils se sont fixés ; même orientation – contestable – vers une approche nationaliste, l’un mettant l’accent sur la Castille, l’autre sur la Catalogne. Même ambition, enfin : souligner la contribution espagnole à l’art du XXe siècle – plus précisément de la deuxième moitié du siècle pour le Macba – et étudier le rôle des influences extérieures sur la pensée artistique du pays. Antonia María Perelló pense résoudre le nœud gordien en optant pour une rotation régulière des œuvres et une présentation thématique. Des sujets tels que l’abstraction, l’expressionnisme, le corps et l’intimité... sont déjà à l’étude. Pour l’inauguration, prévue le 23 octobre, une sélection de 220 pièces sera présentée sur deux étages de l’édifice de Richard Meier (3 320 m2), selon une approche chronologique. Les espaces de circulation (parvis, hall...) seront consacrés aux œuvres les plus monumentales. Cette première présentation durera jusqu’à fin mars 1998, mais qu’adviendra-t-il ensuite de la collection ? Antonia María Perelló affirme que cela dépendra de la réaction du public, de la ville, et “du modèle que nous voudrons suivre”.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°44 du 26 septembre 1997, avec le titre suivant : Barcelone : du gothique au contemporain

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