Mercredi 8 juillet 2020

Festival

Entretien

Annick Lemoine : « le FHA est rentré dans la communauté internationale des historiens de l’art »

Directrice scientifique du festival de l’histoire de l’art

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 24 mai 2017 - 1090 mots

PARIS

La 7e édition du Festival de l’histoire de l’art a pour thème la nature et pour pays invité, les Etats-Unis, avec l’artiste Jeff Koons en guest star.

Universitaire, spécialiste du Caravage, Annick Lemoine a également été conseillère en charge de l’éducation, des enseignements artistiques et de l’histoire de l’art au cabinet de Frédéric Mitterrand. Elle a participé à la création en 2011 du Festival de l’histoire de l’art (FHA) dont elle assure la direction scientifique.

Chaque année, les intervenants du Festival (FHA) sont sélectionnés au travers d’un appel à communication. La sélection a-t-elle été difficile cette année ?
Elle a été particulièrement stimulante, car nous avons reçu un nombre beaucoup plus important de propositions que les autres années, toutes excellentes et très variées : 215 projets d’interventions sur le thème « Nature » nous sont parvenus, alors que nous n’en avions reçu qu’une centaine l’an dernier sur le thème « Rire », tandis que 90 demandes de présentations d’ouvrage nous sont parvenues contre une cinquantaine d’ordinaire. Les candidatures sont également en augmentation pour les « Rencontres internationales étudiantes », puisque plus d’une centaine d’étudiants ont postulé pour participer à celles-ci, alors que nous en sélectionnons 60 au maximum. Cette sélection fut délicate tant les profils étaient pertinents. Il est vrai que le thème « Nature » et le pays invité, les États-Unis, de cette 7e édition sont particulièrement porteurs. Nous sommes victimes de notre succès ! Ce constat témoigne également de l’étape franchie par le FHA et de son évolution positive. Le FHA est véritablement rentré dans le paysage de la communauté internationale des historiens de l’art.

Les propositions d’interventions autour des périodes anciennes ont jusqu’ici été minoritaires, est-ce toujours le cas cette année ?
L’art contemporain a toujours occupé une place prépondérante, toutefois, l’année dernière, la thématique du « Rire » a permis une plus grande représentativité des différentes périodes, notamment de l’époque médiévale, souvent le parent pauvre de la programmation. L’équilibre des champs chronologiques est plus sensible encore cette année, grâce au thème « Nature ». Pour la première fois, par exemple, nous programmons une table ronde consacrée à la préhistoire, et plus précisément à l’art rupestre de la forêt de Fontainebleau.

Quels sont les publics que le Festival doit encore conquérir ?
Les étudiants, mais aussi le grand public, dont nous savons par les sondages des étudiants de Sciences Po effectués lors des trois journées du FHA, qu’il n’est pas majoritaire. Nous constatons pourtant une présence de plus en plus importante du public local non professionnel.

Quels sont les efforts faits en direction de ce public non professionnel ?
La résonance avec l’actualité peut être une clé d’entrée pour intéresser un plus large public. Cette année, le thème est propice à parler du monde d’aujourd’hui, de l’écologie par exemple. Ainsi, Paul Ardenne questionnera le concept d’art écologique et Antonella Fenech répondra à la question « Les Médicis étaient-ils verts ? » La programmation consacrée aux États-Unis interroge des problématiques actuelles, la place des minorités, le pouvoir politique de l’art. Il sera question de l’actualité de l’art afro-américain face à l’histoire du racisme. Par ailleurs, le souhait des intervenants américains était de ne pas parler exclusivement de la situation de l’histoire de l’art américain, mais aussi de la situation de leur pays de manière plus large. Une conférence sur la Statue de la Liberté reviendra sur l’histoire du monument tout en nous interpellant sur sa symbolique et son écho avec les événements actuels.

Pourquoi avoir choisi Jeff Koons pour effectuer la conférence inaugurale ?
Depuis que nous avons acté, il y a trois ans, le principe d’une conférence inaugurale prononcée par un artiste du pays invité, nous avons toujours tenu à ce que ce choix se porte sur une personnalité connue du grand public. Jeff Koons est sans conteste l’un des artistes américains les plus célèbres et les plus controversés de ces dernières années. Et il a répondu d’emblée avec enthousiasme à notre invitation. Nous l’avons invité à dévoiler un visage inédit et un pan méconnu de son activité : l’amoureux des musées et le collectionneur passionné.

N’avez-vous pas peur que sa récente condamnation pour contrefaçon, qui a récemment éclaboussé le Centre Pompidou, soit un élément perturbateur ?
Non. Les procès et la question des plagiats sont courants dans l’art contemporain, pour Jeff Koons comme pour d’autres artistes. Bien sûr, ce n’est pas pour cette raison que nous l’avons choisi, mais cela ne nous perturbe pas. Nous souhaitons que le festival, qui n’est pas un colloque, évolue vers un lieu de débat. Et la présence de Jeff Koons peut y contribuer.

Financièrement, comment se porte le FHA ?
Très bien d’autant plus qu’il s’agit d’une année particulière. En supplément du financement classique provenant de notre tutelle (principalement le ministère de la Culture et de la Communication), des collectivités territoriales et des mécènes habituels qui accompagnent le FHA depuis sa création, auxquels s’est ajoutée l’association des Amis du Festival, nous avons eu un apport très important du pays invité. Faire venir des intervenants des États-Unis était un véritable défi que nous n’aurions pu financer sans leur aide. Nous avons rencontré tous les grands centres de recherche en histoire de l’art américains et tous ont accepté de soutenir notre projet. L’ensemble de la programmation américaine (voyages des intervenants plus nombreux que de coutume, frais de logements, offre de traduction simultanée de l’anglais vers le français…) est ainsi financé par ces institutions américaines. Il s’agit d’une grande première qui, on le sait, ne se reproduira pas chaque année, car elle est étroitement liée au mode de fonctionnement américain fondé sur les subventions privées et une philanthropie plus développée qu’ailleurs.

La gratuité d’accès de l’ensemble des lieux du FHA, notamment l’ensemble du château de Fontainebleau durant trois jours, pourrait-elle être remise en compte ?
Nous ne le souhaitons pas et cela n’a jamais été envisagé.

Les éditions 2015 et 2016 du FHA ont été parasitées par des problèmes de transports (travaux, grèves, inondations) sur les réseaux ferroviaires, notamment ceux allant de Paris à Fontainebleau. Cela a handicapé le public francilien, mais aussi les intervenants qui, pour certains, ont annulé leur venue ou ont décalé l’horaire de leur communication. Des dispositions ont-elles été prises pour anticiper ces difficultés si elles devaient se reproduire ?
La situation ne devrait pas être aussi difficile que l’année précédente, marquée par la crue et les dégâts qu’elle a pu occasionner sur les lignes de train, mais aussi par les grèves. Cette expérience nous a permis de réfléchir à des solutions qui permettront de renforcer si nécessaire les moyens de transport habituels (train et RER). Pour assurer la venue des intervenants, nous réactiverons le covoiturage et nous mettrons en place, en cas de nécessité, un système de navettes entre Melun et Fontainebleau.

Festival d’histoire de l’art

Château de Fontainebleau, 77300 Fontainebleau et lieux périphériques, 2-3 au 4 juin 2017.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°480 du 26 mai 2017, avec le titre suivant : Annick Lemoine : « le FHA est rentré dans la communauté internationale des historiens de l’art »

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