Samedi 14 décembre 2019

Monument

« Adopte La Mothe-Chandeniers »

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 18 février 2018 - 627 mots

Mothe-Chandeniers

Le château de la Vienne, qui compte désormais des milliers de propriétaires, attend ses premiers travaux.

Les ruines du château de la Mothe-Chandeniers, dans la Vienne
Les ruines du château de la Mothe-Chandeniers, dans la Vienne
Courtesy Dartagnans

La Mothe-Chandeniers (Vienne). Réunir un maximum de personnes pour acheter collectivement un château en péril. C’est autour de ce concept que se sont réunies la start-up Dartagnans, plate-forme de financement participatif, et l’association Adopte un château, qui cherche des solutions innovantes pour sauvegarder des monuments. Ainsi ces deux jeunes structures ont-elles pu rassembler 540 000 euros grâce au crowdfunding [financement participatif] pour se porter acquéreur du château de Paluel en Dordogne. Celui-ci a cependant trouvé un surenchérisseur lors de sa vente en septembre 2017 et le monument leur a échappé. Dartagnans et Adopte un château avaient néanmoins un autre château dans le viseur : celui de La Mothe-Chandeniers, abandonné dans la campagne près de Saumur, qu’une association d’amis du lieu leur a fait connaître.

Bâti au XIIIe siècle, il a été largement reconstruit au XIXe en s’inspirant de châteaux de la Loire. Très endommagé par un incendie en 1932, l’édifice a été livré aux intempéries et aux pillards. Son propriétaire vieillissant – qui n’a jamais pu faire aboutir ses projets de sauvetage – accepte de le céder pour 500 000 euros. Lorsque l’appel à financement est mis en ligne en octobre 2017 sur la plate-forme Dartagnans, il déchaîne l’enthousiasme. C’est que cette ruine romantique ceinturée d’eau est très photogénique et la perspective d’en devenir copropriétaire à partir de 50 euros, ou d’offrir ce cadeau à ses proches, est véritablement originale dans le domaine du patrimoine. Plus d’1,6 million d’euros est récolté en l’espace de quatre-vingts jours. Le château est acheté en décembre, ainsi qu’une dépendance et un terrain attenant.

Aujourd’hui, tout reste à faire. Il revient aux porteurs du projet, Dartagnans et Adopte un château, d’administrer cette société par actions simplifiée (SAS), désormais propriétaire du château. Début février, les 25 000 personnes ayant permis l’achat du château ont toutes reçu un courriel les invitant à entrer au capital de la SAS. Trois représentants de ces actionnaires siégeront au conseil exécutif de la SAS en compagnie des deux porteurs du projet (qui possèdent chacun 10 % des parts) et de l’association des Amis du château.

Conserver au monument son caractère de ruine
Un site Internet est en cours de création qui sera censé permettre à chaque actionnaire de se prononcer sur les grandes orientations concernant La Mothe-Chandeniers. « La majorité l’emportera », commente Romain Delaume, P.-D.G. de Dartagnans, qui préside la SAS. Mais le cap est donné. La volonté des porteurs du projet a toujours été, non pas de se lancer dans une reconstruction du château (qu’ils jugent trop onéreuse et dénaturante), mais de conserver au monument son caractère de ruine et, dans une certaine mesure, la végétation qui l’a envahi et lui conférerait son charme.

Les premiers travaux sont déjà programmés. « La priorité est de sécuriser le site », déclare Romain Delaume, qui envisage les premiers étaiements pour le mois de mai et une découverte du site par les copropriétaires dès le mois de juin. Ensuite viendra la mise hors d’eau de l’édifice sous la houlette d’un architecte du patrimoine, lequel doit être sélectionné en mars. Si les travaux de 2018 sont pris en charge par le reliquat de l’enveloppe du crowdfunding, pour le reste du chantier de restauration – évalué à 3 ou 4 millions d’euros –, il pourrait être fait appel à du mécénat d’entreprise.

Les projets pour faire vivre le lieu à plus long terme ne manquent pas (visites, son et lumière, événements, locations pour des tournages de films…), mais ils peuvent se heurter à l’étroitesse des parcelles de terrain que détient la SAS. En effet, le domaine a été par le passé fractionné en différentes propriétés. Selon Romain Delaume, un partenariat noué avec une voisine pourrait permettre de gagner de l’espace.

Thématiques

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°495 du 16 février 2018, avec le titre suivant : « Adopte La Mothe-Chandeniers »

Tous les articles dans Patrimoine

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque