Mercredi 11 décembre 2019

Architecture - Rétrospective

RÉTROVISION

1994-1999, la reconstruction du Parlement de Bretagne

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 13 février 2019 - 865 mots

BRETAGNE

L’hôtel de ville de La Rochelle, ravagé par un incendie en 2013, connaîtra bientôt la fin de son chantier de reconstruction. Il y a une vingtaine d’années, le Parlement de Bretagne s’était également relevé de ses cendres après avoir été meurtri par le feu.

En juin 2013, l’hôtel de ville de La Rochelle a été dévoré par les flammes à la suite d’un court-circuit électrique. Il a été décidé que ce monument à la belle architecture Renaissance et néogothique, emblématique de la ville, serait reconstruit à l’identique, du moins pour ses parties classées au titre des monuments historiques. Le chantier devrait s’achever à la fin de l’année 2019, une vingtaine d’années après la résurrection d’une autre victime du feu : le Parlement de Bretagne.

C’est le 4 février 1994 que la ville de Rennes s’est embrasée. Ce jour-là, une manifestation de marins-pêcheurs, dont le secteur est en crise profonde, agite la cité bretonne à l’occasion du passage du Premier ministre Édouard Balladur. C’est l’empoignade avec les forces de l’ordre. Des fusées de détresse sont lancées. L’une d’elles brise une ardoise et se loge dans la charpente du palais du Parlement de Bretagne, qui abrite la cour d’appel et la cour d’assises. Dans les heures qui suivent, l’incendie couve sans que personne ne s’en aperçoive. L’alarme retentit à plusieurs reprises mais le concierge pense à une fausse alerte. « Le toit du Parlement est en feu ! », tel est l’appel que les pompiers finissent par recevoir en pleine nuit. Au terme de leur bataille menée contre les flammes, aucune perte humaine n’est à déplorer. Mais pour cet édifice bâti au XVIIe siècle par Salomon de Brosse – et qui avait été un des rares monuments de la ville épargné par le grand incendie de 1720 –, les dommages sont très lourds : la charpente s’est effondrée et les niveaux supérieurs du bâtiment sont détruits. Envolée la bibliothèque historique, disparue la vaste voûte moulurée et lambrissée de la salle des pas perdus…

Heureusement, les premières mesures de sauvetage ont été efficaces. Avant même que le feu ne soit maîtrisé, l’architecte en chef des Monuments historiques et des employés de la direction régionale des Affaires culturelles ont pu guider les pompiers pour déménager une bonne partie du mobilier, des tapisseries et œuvres d’art que ce monument classé recèle en grand nombre. La grand-chambre a survécu à l’effondrement mais les toiles allégoriques de Charles Errard et de Noël Coypel qui garnissent depuis 1665 un plafond à caissons pendent tristement à leur châssis, très endommagées par l’eau qui a servi à arroser le bâtiment et à laquelle se mêlent les décombres incandescents. Les tentures sont rapidement sorties de l’édifice en ruine. Appelés en urgence, des restaurateurs vont appliquer, directement depuis le trottoir, du papier japon sur les surfaces des peintures afin d’empêcher les chutes de couche picturale.

Reconstruire à l’identique ou presque

Pour le bâtiment, qui a été immédiatement étayé après le drame, la ligne est vite donnée : «reconstruire le plus rapidement possible », selon le souhait exprimé par le maire, Edmond Hervé. C’est ce que réclament également la presse locale et une association créée au lendemain du désastre. La conservation régionale des Monuments historiques valide le projet d’une reconstruction fidèle à l’édifice original, « eu égard au symbole que constitue cet édifice pour la Bretagne et à son importance dans la composition d’ensemble de la place conçue par Jacques-Jules Gabriel ». Cette restitution à l’identique est possible car l’édifice – qui achevait d’ailleurs des travaux de restauration avant l’incendie – a fait l’objet de relevés précis et possède beaucoup de débris sur lesquels s’appuyer.

Cinq années durant, l’architecte en chef des Monuments historiques Alain-Charles Perrot va superviser la reprise des maçonneries, la remise en place de planchers et la restitution de décors disparus. Le coût de l’ensemble du chantier s’élèvera à 230 millions de francs, un budget majoritairement financé par le ministère de la Justice, affectataire de l’édifice.

En 1999, la cour d’appel peut réintégrer le palais. Et pour la première fois, le bâtiment, qui suscite un regain d’intérêt, est ouvert aux visites guidées. Le résultat est bluffant : la salle des pas perdus a retrouvé ses ornements (armoiries, rosaces, guirlandes…) ainsi que la couleur blanche qui était la sienne au XVIIe siècle avant que le XIXe siècle ne la repeigne en brun. Les œuvres d’art qui avaient été abîmées ont quant à elle regagné leur cadre d’origine après une restauration complexe, à l’exception d’un cycle de tapisseries représentant l’Histoire de la Bretagne. Une bonne partie d’entre elles ont irrémédiablement disparu après un incendie (le sort s’acharne) en 1997 de l’atelier où s’effectuait leur restauration.

Si le monument retrouve son visage du passé, quelques concessions ont été faites à la modernité et des boiseries calcinées ont été conservées en l’état, en témoignage des dures heures qu’il a connues. La charpente a changé d’allure. Une structure métallique moins volumineuse s’est substituée à l’ancienne « forêt » de poutres en bois, ce qui a permis de gagner un niveau supplémentaire et des bureaux plus fonctionnels.

À La Rochelle, l’hôtel de ville a également profité de sa reconstruction pour s’autoriser un peu d’optimisation des espaces : les combles inutilisés doivent être réaménagés en salle de conseil municipal.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°517 du 15 février 2019, avec le titre suivant : 1994-1999, la reconstruction du Parlement de Bretagne

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