Mercredi 11 décembre 2019

Impétrants

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 18 octobre 2011 - 329 mots

Sans être spectaculaires, les mesures annoncées par la Rue de Valois en faveur des arts plastiques vont dans le bon sens. L’avance sur recettes pour financer les productions d’œuvres, les garanties apportées par l’IFCIC [Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles] aux galeries qui empruntent auprès des banques, ou, dans un autre registre, un fonds pour financer les traductions d’articles sur l’art, témoignent d’un pragmatisme et d’une recherche d’efficacité auxquels le ministère ne nous avait pas accoutumés. D’autres mesures, tout aussi utiles, ainsi le développement des résidences d’artistes, restent encore floues. Le ministre a manifestement voulu intervenir du côté de l’offre, et plus précisément sur les conditions de la création d’œuvres d’art. Emporté dans son élan, il va même jusqu’à envisager un système de formation permanente des artistes (s’agit-il de les faire revenir sur les bancs de l’école pour leur apprendre à dessiner ?) ; il réfléchit aussi à des « recettes de poche » provenant d’une taxe sur les expositions frappant les diffuseurs (musées, centres d’art, galeries ?), lesquels ne sont pas nécessairement les plus argentés. Est-ce bien ce qu’ont demandé les futurs impétrants artistes lors des « Entretiens des arts plastiques » ? Déjà suspectés à l’étranger d’être des artistes subventionnés donc officiels, ils risquent de l’apparaître plus encore si ces deux dispositifs voyaient le jour.

En revanche, aucune mesure ne concerne la demande, c’est-à-dire les collectionneurs. Or c’est bien là que se situe le cœur du problème. Si les Français achetaient plus d’art contemporain, ils feraient mieux vivre les artistes. Christine Albanel [ministre de la Culture de mai 2007 à juin 2009] avait envisagé pour les particuliers un programme d’emprunt à taux zéro auprès des banques, et de nouvelles défiscalisations pour les entreprises qui achètent des œuvres d’art, mais l’époque n’est aujourd’hui guère favorable aux niches fiscales. Stimuler la demande n’est évidemment pas simple. La onzième mesure recommande d’étendre les « Entretiens » en régions, peut-être faudrait-il les consacrer uniquement à ce thème.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°355 du 21 octobre 2011, avec le titre suivant : Impétrants

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