Lundi 17 décembre 2018

Éditorial

Groupes de pression

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 8 novembre 2016 - 307 mots

Le Livre blanc sur le patrimoine que viennent de présenter collectivement onze associations met en évidence l’activisme et la professionnalisation croissante des groupes de pression dans les domaines artistique et patrimonial : organisation d’événements, publication de rapports, collecte de mécénats et bien sûr lobbying auprès des pouvoirs publics. Mais tous ne sont pas logés à la même enseigne. D’un côté, les associations de propriétaires de maisons historiques (Vieilles maisons historiques, La Demeure historique) s’appuient sur le nombre et la relative aisance financière de leurs adhérents tandis que les syndicats professionnels trouvent des recettes importantes dans les foires qu’elles organisent : la Biennale des antiquaires pour le SNA ou le salon Maison & Objet pour les artisans d’art. De l’autre côté, les syndicats de salariés (archéologues, archives..) ne peuvent compter que sur les maigres cotisations que leur apportent leurs adhérents. Ils n’en sont pas moins efficaces et savent parfaitement se faire entendre, et parfois mieux que les premiers en descendant dans la rue ou en occupant des locaux publics. Même les guides-conférenciers, pourtant peu nombreux en France, ont su trouver des relais Rue de Valois. Seuls les conservateurs, contraints par leur devoir de réserve et éparpillés sur tout le territoire, sont plus discrets.

La montée en puissance des groupes de pression dans le milieu de l’art contemporain est plus récente, concomitante à l’intérêt des riches de la planète pour la création depuis une trentaine d’années. Aujourd’hui l’on dénombre autant d’associations que de métiers : artistes, galeristes, commissaires d’exposition, directeurs d’école d’art, scénographes, médiateurs. Pourtant, alors que l’argent coule dans des proportions parfois indécentes dans le haut du marché, ces acteurs vivent dans leur grande majorité chichement. Paradoxalement, ils participent largement à la création de valeur dans l’art contemporain dont profitent au final les mégacollectionneurs. Il y a là un sujet de réflexion à la fois moral et économique.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°467 du 11 novembre 2016, avec le titre suivant : Groupes de pression

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