Samedi 14 décembre 2019

Fermé

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 23 août 2011 - 555 mots

Fermé indiqueront bientôt des pancartes à l’entrée de bibliothèques et d’institutions culturelles britanniques. « Sorry, we’re closed. » La faute à la crise qui oblige le gouvernement Cameron à opérer des coupes drastiques dans son budget de la culture. Mais pas d’inquiétude, rassure le Premier ministre conservateur qui possède la solution pour maintenir ouverts les établissements du pays : la « Big Society », son projet de remplacer la gestion des services de l’État par des initiatives locales et… bénévoles. Comme pour mieux permettre d’avaler la pilule, le secrétaire d’État à la Culture, Jeremy Hunt, a annoncé cet été la création d’un fonds de dotation de 55 millions de livres destiné aux musées qui pourront en bénéficier à condition de justifier de l’obtention du double du montant escompté auprès du mécénat privé. Si l’idée est à creuser dans le contexte économique actuel, sa mise en place est brutale pour les institutions anglaises, comme a été brutale, aux Pays-Bas, l’annonce du gouvernement du Premier ministre libéral Mark Rutte, soutenu par l’extrême droite de Geert Wilders, de réduire de 200 millions d’euros les subventions versées aux institutions culturelles. Avis de gros temps, donc, sur la culture en Europe qui menace aussi l’Espagne, l’Italie, le Portugal… Avant la France ? 

Ouvert est le débat sur la culture dans la campagne présidentielle en France depuis l’annonce par Martine Aubry, en juillet, lors du forum « Aux arts citoyens ! » organisé par Libération en Avignon, d’augmenter de 30 à 50 % le budget de la culture si elle était élue, après que l’écrivain et réalisateur Christophe Honoré s’est étonné de ne pas lire le mot « art » parmi les propositions du Parti socialiste. Si François Hollande a dit vouloir éviter toute « surenchère », le socialiste Arnaud Montebourg a quant à lui dégainé dans la foulée plusieurs propositions visant à améliorer l’accès à la culture, mais « sans augmentation du budget de l’État ». Pas d’autres réactions à l’exception de celle du ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, qui dans Le Monde du 23 juillet prévenait la maire de Lille : « Une politique de la culture ne se construit pas en lançant quelques chiffres, ni par des promesses de subventions, au demeurant imprécises. » Certes. Reste maintenant à tous les candidats déclarés à la présidentielle à dévoiler leur programme en la matière, tout en précisant son financement. En veillant à ce qu’ils ne s’inspirent pas des politiques britannique et hollandaise… 

Ouvertes demeurent toujours les pétitions publiées sur Internet après l’annonce de la suppression du poste d’Éric Mangion, directeur du centre d’art de la Villa Arson, à Nice, et, dans le même temps, de la non-reconduction du contrat de Judith Quentel à la tête du centre d’art du domaine de Chamarande. Si le ministère et le conseil général de l’Essonne ont sûrement – qui en douterait ? – de bonnes raisons de prendre de telles décisions, on peut regretter que celles-ci soient prises en haut lieu sans aucune justification, a priori hors de l’intérêt de tout projet culturel global, parfois même sans avoir effectué un suivi de l’action dudit centre d’art. Si toute politique culturelle implique un financement, elle passe aussi par la définition d’un projet précis, soutenu par des hommes auxquels on accorde, pour le réaliser, un temps plus long que celui de la politique, devenu trop rapide.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°638 du 1 septembre 2011, avec le titre suivant : Fermé

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