Mystérieuses destructions d’oeuvres à Cassel

Par Isabelle Spicer (Correspondante à Berlin) · lejournaldesarts.fr

Le 15 juillet 2015 - 506 mots

BERLIN (ALLEMAGNE) [15.07.15] - Alors que la documenta s’apprête à souffler ses soixante bougies, une oeuvre de la treizième édition de 2012 a été détruite. Le lendemain de la publication de la nouvelle, une seconde oeuvre a fait l’objet de vandalisme à Cassel.

La documenta célèbre cette semaine ses soixante printemps en attendant la prochaine édition qui aura lieu de juin à septembre 2017. La ville allemande de Cassel, qui héberge tous les cinq ans cette gigantesque exposition d’art contemporain, se trouve ainsi au centre de l’attention du monde de l’art deux fois par décennie.

L’attention qui se porte depuis la semaine dernière sur Cassel est toutefois nettement moins festive. En effet, peu de temps avant le début des festivités, le Museumslandschaft Hessen Kassel, organisme qui gère notamment les musées étatiques et les jardins de Cassel, a révélé qu’une œuvre de la treizième édition de la Documenta (2012) avait été vandalisée. La date exacte des faits n’est pas connue.

Il s’agit d’une œuvre de l’artiste américain Jimmie Durham : un pommier planté en 2011, espèce rare produisant la pomme de Korbinian. L’œuvre, plantée en compagnie de la Directrice artistique de la Documenta (13), Carolyn Christov-Bakargiev, a une forte portée symbolique. Cette nouvelle espèce de pomme avait en effet été conçue dans le camp de concentration de Dachau par un prêtre, Korbinian Aigner, interné en raison de son opposition au régime national-socialiste. Carolyn Christov-Bakargiev avait également exposé des centaines de dessins de pommes produits par le prêtre dans le camp de concentration.

Rares sont les œuvres qui survivent aux Documenta, la règle étant de faire place nette pour le prochain directeur artistique. Le pommier planté par Jimmie Durham comptait parmi celles-ci, jusqu’à ce que l’arbre soit récemment vandalisé. La police exclut un acte antisémite. Rien ne permet d’établir non plus si l’acte de vandalisme est une attaque dirigée contre la Documenta. Mais la violence de l’acte, l’arbre ayant été arraché et ses branches transformées en petit bois, est un indice dans ce sens, selon l’agence de presse allemande DPA.

Etant donné la fragilité de l’œuvre, les organisateurs de la Documenta s’étaient procurés un second arbre en 2011, au cas où celui-ci ne résistât pas aux centaines de milliers de visiteurs qui ont assisté à la Documenta en 2012. Cet arbre, qui est donc environ de même taille que l’œuvre vandalisée, sera planté à l’automne prochain.

Effet de mimétisme ? Coïncidence ? Le lendemain de l’annonce de l’acte de vandalisme, une seconde œuvre a été endommagée devant la gare Kulturbahnhof de Cassel. Il s’agit d’une œuvre en acier et contreplaqué de l’artiste suisse Heini Gut, sans lien avec la Documenta dans ce cas. La police estime que les deux affaires ne sont probablement pas liées. L’artiste n’a pas porté plainte et la police n’enquête pas sur cette seconde affaire. Aucune plainte n’avait été déposée non plus dans le cas du pommier de Korbinian, mais l’affaire a eu un tel retentissement public qu’elle a entraîné l’ouverture d’une enquête par la police. A ce jour aucune piste n’a été trouvée.

Légende photo

Jimmy Durham, Arkansas Black Apple Tree (2012), arbre planté pour la documenta (13) © Photo Ryszard Kasiewicz / documenta 

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