Dimanche 16 décembre 2018

Londres (Grande-Bretagne)

Modigliani sans surprise, ou presque

Tate Modern - Jusqu’au 2 avril 2018

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 21 décembre 2017 - 366 mots

Sa trajectoire fut l’une des plus fulgurantes de l’art moderne, mais aussi l’une des plus marquantes.

Né en 1884 à Livourne, en Italie, Amedeo Modigliani n’a pas encore 36 ans lorsqu’il décède, en 1920, des suites de la tuberculose. Arrivé à Paris en 1906, après avoir suivi des cours de peinture et de sculpture à Florence et à Venise, Modigliani loue un studio à Montmartre, où il fait la rencontre de Derain, Van Dongen, Max Jacob, Apollinaire et, bien sûr, Picasso, dont il découvre le travail chez Berthe Weill. Sans surprise, l’artiste peint à la manière des fauves, comme en témoigne, en 1909, son portrait du Mendiant de Livourne. Sans surprise aussi, le peintre digère les formes de la sculpture antique et extra-européenne, dont Picasso et Derain se font les champions. Mais, très vite, Modigliani trouve son propre style.

En 1909, déjà, son Amazone contient les ingrédients qui feront son succès : un portrait en buste sur fond uni, une palette réduite où domine le brun, une touche hachurée… Même le visage, qui cherche encore la ressemblance, tend vers la stylisation. La voie est ouverte, Amedeo devient Modigliani et le demeurera durant les onze années qui lui restent.

Réunissant une centaine d’œuvres, des peintures, des dessins et une dizaine de sculptures, l’exposition de la Tate Modern montre ce Modigliani-là, celui que l’on aime, dans un parcours découpé par thèmes : les portraits, les sculptures, les nus. Mais voilà, si les œuvres (dont beaucoup encore en mains privées) sont là, l’exposition se révèle trop paresseuse. Elle aurait pu opérer des croisements et rapprocher, par exemple, un nu peint avec une tête sculptée et un dessin de caryatide pour montrer comment l’artiste passe des deux dimensions à la troisième, et inversement. À défaut de propos, le visiteur se contentera donc ici des œuvres, et d’une expérience inédite en réalité virtuelle (VR).
Dans une salle de l’exposition, en effet, des casques de VR plongent les visiteurs dans l’atelier encore « habité » de l’artiste. Assis face au chevalet du peintre, près de la cigarette encore fumante, ceux-ci peuvent presque toucher des yeux l’Autoportrait de l’artiste (1919). L’expérience est bluffante, pour une technologie promise à un bel avenir au sein des musées.

« Modigliani »,
Tate Modern, Bankside, Londres (Grande-Bretagne), www.tate.org.uk. À noter, deux entrées pour le prix d’une sur présentation d’un billet de train Eurostar.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°708 du 1 janvier 2018, avec le titre suivant : Modigliani sans surprise, ou presque

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