Menaces de grève à la National Gallery face à la privatisation des fonctions d’accueil du public et de surveillance

Par Séverine Petit · lejournaldesarts.fr

Le 23 janvier 2015 - 555 mots

LONDRES (ROYAUME-UNI) [23.01.15] – Alors que la direction de la National Gallery a annoncé lundi 19 janvier 2015 l’externalisation des services auprès du public pour l’aile Sainsbury, le mécontentement du personnel et des syndicats pourrait mener à une série de grèves dès le mois de février.

La National Gallery a annoncé lundi 19 janvier 2015 la privatisation de 400 à 600 postes, soit les deux tiers de ses effectifs, correspondant aux missions d’accueil du public et de surveillance des salles. L’un des syndicats majoritaires de l’établissement, le Public and Commercial Services Union (PCS), organise actuellement un vote sur la tenue d’une grève qui pourrait alors commencer dès le mois de février.

L’opposition du PCS au projet de privatisation remonte à quelques mois déjà lorsque l’administration de la National Gallery a décidé de confier la gestion de l’accueil du public à une entreprise privée, CIS Security, à l’occasion de l’exposition « Rembrandt : les dernières œuvres » à l’automne 2014. Cette décision avait été suivie d’une grève de 24 heures qui n’a pas découragé la direction du musée puisque c’est désormais l’intégralité de l’aile Sainsbury, construite en 1991 et qui présente notamment des peintures de la Renaissance, qui a été placée sous le contrôle de CIS Security.

Cette privatisation, dont l’un des membres du conseil d’administration a reconnu à une journaliste du Guardian qu’elle avait pour but de « faire une frayeur aux agents du musée », est fortement discutée au sein du personnel. Si aucune annonce n’a encore été faite concernant de nouvelles mesures et bien que le code du travail britannique oblige les repreneurs à respecter les contrats de leurs prédécesseurs, Richard Simcox, l’un des attachés de presse du PCS, relève que la volonté de dégager du profit se fera au détriment des conditions de travail des salariés mais pas seulement. « Plus largement, une des conséquences est un tournant négatif dans la qualité de service offerte aux visiteurs de la National Gallery. Si le personnel est en sous-effectif, la sécurité des œuvres elle-même pourrait courir un risque. », d'après Artnet.

Les conditions de travail des agents d’accueil et de surveillance sont un sujet de discorde important entre le personnel et la direction du musée. Alors que la National Gallery est le seul musée national de Londres à ne pas payer un salaire minimum à ses salariés, après l’avoir pourtant annoncé, les agents de surveillance se sont vus retirer les quelques chaises qui parsemaient les salles du musée lors de l’exposition sur Rembrandt par CIS Security. « Je suis venu pour travailler à la National Gallery, mais je pourrais être transféré au parking d’un supermarché » expliquait un agent du musée, faisant référence à la possibilité pour CIS Security de changer l’affectation des employés au sein de leur entreprise.

Ce qui étonne le personnel et les syndicats est que, malgré une baisse des dotations de l’Etat de 15 % depuis 2011, un rapport du directeur de la National Gallery Nicholas Penny destiné au conseil d’administration expliquait en 2014 que la direction ne voyait pas de besoin immédiat de privatiser les équipes au contact avec le public. Après la démission surprise de Nicholas Penny en juin, le PCS ne peut se résoudre à n’y voir qu’une coïncidence et a demandé une enquête au Comité pour la culture de la Chambre des communes du Parlement britannique.

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La National Gallery à Londres - © Photo Morio - 2013 - Licence CC BY-SA 3.0

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