Lundi 10 décembre 2018

Vulnérables reliures

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 22 janvier 2013 - 328 mots

BEAUX-LIVRES - C’est peut-être l’un des plus passionnants chapitres de l’histoire du livre que nous invitent à découvrir les Éditions des Cendres en publiant, deux ans après la parution d’une première somme remarquée, trois ouvrages consacrés aux papiers dominotés en Europe.

Quatre volumes donc, et quelque deux mille pages, pour explorer ce XVIIIe siècle qui, pour avoir cru aux lumières et aux couleurs, fit du livre un objet de connaissance et de vénusté.

Un livre, cela se lit et se relit, certes, mais cela se protège et se présente, également. Or, fut un temps, avant l’usage généralisé des maroquins et des vélins, où le livre n’était autre qu’un ensemble de feuilles cousues entre elles par des mains expertes, souvent féminines, et agrémentées d’une protection provisoire, aussi fragile que délicieuse. Délicieuse, parce que fragile. Ces protections revêtaient l’aspect de papiers parfois marbrés et, le plus souvent, de 1750 à 1830, dominotés.

Le papier dominoté est obtenu par un procédé xylographique – l’application sur le papier d’une planche de bois soigneusement imprégnée élaborant des motifs décoratifs – et par l’adjonction, grâce à un système de « patrons » ou de pochoirs, de couleurs élémentaires. Proche du cartier et du tapissier, le dominotier est à la fois artisan et artiste. Autrement dit, pour la triste taxinomie, ni l’un ni l’autre.

Il faut pourtant feuilleter ces feuilles éparses, parfois lacunaires, jamais identiques, et ici réunies, pour deviner la technique et la grâce de ces papiers, leurs similarités comme leurs différences, notamment en fonction de leur provenance – les splendides volumes dédiés aux dominotés italiens et allemands exhument ainsi d’éblouissants accords chromatiques. L’art de relier et de relire. Les mots et les choses.

Aux Éditions des Cendres : Marc Kopylov, Papiers dominotés français (1750-1820), 408 p., 135 €, et Papiers dominotés italiens (1750-1850), 408 p., 135 € ; Christiane F. Kopylov, Papiers dorés d’Allemagne au siècle des Lumières (1680-1830), 448 p., 135 € ; André Jammes, Papiers dominotés (1750-1820), 576 p., 180 €.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°654 du 1 février 2013, avec le titre suivant : Vulnérables reliures

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