Van Meegeren

Génial faussaire de Vermeer

Par Jean-Christophe Castelain · L'ŒIL

Le 1 juillet 2006

Présentée comme un roman, La Double Vie de Vermeer raconte en fait avec une grande exactitude historique l’histoire fameuse du génial faussaire de Vermeer.
Une histoire bien connue. Han Van Meegeren, peintre hollandais au talent peu reconnu par ses pairs, décide de se venger en produisant des faux Vermeer. Il en réalise cinq entre 1937 et 1943, des faux si parfaits qu’il parvient à les écouler sur le marché à des prix astronomiques. Parmi ses acheteurs figure même le dignitaire nazi Goering. À la Libération, les enquêteurs remontent la piste, arrêtent Van Meegeren et l’accusent d’avoir vendu des trésors nationaux à l’ennemi. Le faussaire avoue immédiatement la supercherie. On ne le croit pas, il est alors obligé de produire, sous la surveillance de la police, un nouveau faux pour prouver ses dires.

De fausses scènes religieuses
L’intérêt de l’ouvrage réside surtout dans la description minutieuse, par l’auteur, des procédés de fabrication du faussaire. Car Van Meegeren est non seulement un peintre de génie, mais c’est aussi un scientifique affûté. Il fabrique lui-même ses pigments, il sacrifie des toiles du XVIIIe pour récupérer toiles et châssis d’époque. Mais, surtout, il met au point, dans sa propriété près de Nice où il préparait ses forfaits, une technique de vieillissement accéléré de la toile, à l’aide d’un four. C’est d’ailleurs la découverte de ce four et des essais préparatoires qui apporteront la preuve définitive de sa paternité sur les faux.
Peintre, scientifique, mais aussi fin tacticien et psychologue. Van Meegeren était tout cela à la fois. L’ouvrage raconte dans le détail les scénarios élaborés par le faussaire pour expliquer l’origine de ces « nouveaux » Vermeer. Son idée de génie est sans doute d’avoir peint des Vermeer religieux, alors que le peintre de Delft peignait surtout des scènes de genre. Il connaissait la théorie d’Abraham Bredius, expert reconnu de Vermeer qui était persuadé que Vermeer devait avoir peint des scènes religieuses. Aussi quand Van Meegeren lui eut présenté son premier faux, Les Pèlerins d’Emmaüs, l’expert, comblé par cette découverte qui validait sa thèse, lui accorde sa bénédiction. La toile est achetée par un musée de Rotterdam.
L’ouvrage, qui souffre un peu d’une traduction certes toujours difficile de l’italien vers le français, raconte bien évidemment la vie de Vermeer et évoque quelques passionnés du peintre de la Dame au virginal (le dernier Vermeer redécouvert), dont Marcel Proust.

Luigi Guarnieri, La Double Vie de Vermeer, Actes Sud, 240 pages, 19,80 €.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°582 du 1 juillet 2006, avec le titre suivant : Van Meegeren

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