Livre

Monographie

Un homme libre

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 24 avril 2008

Les éditions Arthena publient un important ouvrage sur Nicolas Régnier, peintre, collectionneur et marchand dans l’Italie du XVIIe siècle.

Dans un marché morose, les éditeurs ont de plus en plus de mal à produire des ouvrages monographiques fruits des recherches les plus récentes dans le domaine de l’histoire de l’art. Cette difficulté est encore accrue quand les artistes en question ne bénéficient que d’une notoriété modérée. Le salut passe trop souvent par l’accompagnement d’expositions, événements qui permettent d’attirer l’attention et finissent bien souvent de convaincre les éditeurs, surtout si ceux-ci trouvent dans les musées des coproducteurs. Mais le livre change alors de nature pour devenir un catalogue.
Dans ce contexte, il faut souligner le travail de fond réalisé par un éditeur à part, Arthena, une association à but non lucratif. Cette initiative n’est pas récente, puisqu’elle a été lancée en 1978 par un ensemble de professeurs et d’historiens de l’art confrontés à la difficulté de se faire publier. Présidée par Pierre Rosenberg, Président-directeur honoraire du Musée du Louvre, l’Association pour la diffusion de l’Histoire de l’art regroupe en son sein du beau monde, à l’exemple de Thomas Gaehtgens, professeur à l’université libre de Berlin, Michel Laclotte, Président-directeur honoraire du Musée du Louvre, mais aussi d’Olivier Bonfait, professeur d’histoire de l’art à l’université de Provence, Jean-Pierre Cuzin, adjoint au directeur général de l’INHA ou Alain Mérot, Professeur à l’université Paris IV.

Témoin du caravagisme
Enrichissant en permanence son catalogue, Arthena fait paraître sous la plume d’Annick Lemoine, un important ouvrage sur le peintre Nicolas Régnier. Né à Maubeuge certainement en 1588, formé à Anvers dans l’atelier d’Abraham Janssens, Régnier prend la route de l’Italie vers 1616 qui le mène à Parme. On le retrouve ensuite à Rome où il devient l’un des principaux représentants du caravagisme, aussi bien dans son style que dans ses choix iconographiques, à l’exemple de Saint Jérôme ou de La Réunion de buveurs. Après son mariage dans la Ville éternelle, Nicolas Régnier s’installe en 1626 à Venise, ville dans laquelle il va résider jusqu’à sa mort en 1667. Dans la lagune, son style évolue en se rapprochant de la peinture de Bologne et de Guido Reni. Il est aussi un portraitiste apprécié des puissants. Il se rend ainsi en 1638 à Modène à la cour des Este où il réalise le portrait de François 1er d’Este et de sa famille. Parallèlement à ses activités de peintre, il devient marchand d’art. L’ouvrage propose ainsi une liste des tableaux passés entre ses mains, à l’exemple de Suzanne et les Vieillards du Tintoret ou d’un Portrait d’homme en noir de Dürer. Mais sa réputation fut quelque peu ternie par sa propension à parfois écouler faux et pastiches. Se confondant parfois avec son stock de marchands, sa collection personnelle comptait de nombreux chefs-d’œuvre. Comme le rappelle Annick Lemoine, « peu avant sa mort, le peintre pouvait s’enorguellir d’avoir réuni près de quatre-vingt-dix tableaux de maîtres ».
Particulièrement bien documenté, replaçant l’artiste dans le contexte de l’Italie du XVIIe siècle, l’ouvrage d’Annick Lemoine est en outre complété par un catalogue raisonné des peintures de celui qui fut surnommé à Rome « l’homme libre ».

Annick Lemoine, Nicolas Régnier, peintre, collectionneur et marchand d’art, préface d’Elizabeth Cropper, éd. Arthena, 448 p., 385 ill., 120 euros. Publié avec le soutien de Luigi Koelliker.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°280 du 25 avril 2008, avec le titre suivant : Un homme libre

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