Toulouse. L’Architecture au XIXe siècle et Strasbourg 1900, naissance d’une capitale

Par Adrien Goetz · L'ŒIL

Le 1 avril 2001 - 420 mots

Odile Foucaud, maître de conférences à l’université Paul-Valéry de Montpellier, aurait pu se contenter de publier un Dictionnaire des architectes actifs à Toulouse et en Haute-Garonne au XIXe siècle, fruit d’années de recherches méticuleuses.

Ce répertoire de référence, elle a choisi de le placer en annexe d’un ouvrage de synthèse remarquable. Son livre dégage une vision nouvelle de la ville rose, dont nombre de briques datent en effet du XIXe siècle. L’éclectisme triomphe dans la terre cuite, qui se fait néo-romane, néo-gothique, néo-Renaissance avant de céder la place à un haussmannisme tout en couleur. Les styles historiques se succèdent tandis que s’impose le génie du lieu : une école architecturale oubliée, à l’œuvre dans toute une région (chapelles romanes dans la campagne, tours-clochers des villages, châteaux à tourelles et poivrières...). Les interventions parisiennes, celles de Viollet-le-Duc, Darcy ou Leclerc, marquent les monuments-symboles toulousains et suscitent déjà des commentaires discordants : restaurations de Saint-Sernin, du donjon du Capitole, achèvement du Musée des Augustins. Ce problème d’une culture architecturale allogène marque à l’évidence le Strasbourg de 1900, auquel un groupe de conservateurs et d’universitaires allemands et français viennent de consacrer un foisonnant ouvrage collectif. Approche historique (un passionnant chapitre évoque les mariages franco-allemands entre 1871 et 1914) et artistiques se combinent ici. On suit la vie musicale de la cité, la constitution des musées et des collections, on découvre même une « égyptomanie architecturale » de Strasbourg. Il faut se réjouir que sur un sujet considéré comme difficile, voire tabou, dans l’après-guerre, la recherche soit aujourd’hui si vivace. Une partie du livre est ainsi le fruit de travaux récents menés à l’Université de Strasbourg par les étudiants du professeur Christine Peltre. Ce livre rassemble les bases d’une réflexion nouvelle sur l’identité nationale de l’Alsace, l’histoire culturelle d’une région qui préfère aujourd’hui se dire européenne plutôt que de revendiquer un héritage paradoxal dont on définit mal l’identité. Le Jugendstil et l’Art Nouveau sortent sinon réconciliés du moins indissociables de l’étude des maisons particulières de cette « capitale » 1900. Un chapitre de ce volume est enfin consacré à Metz. Autre sujet, neuf et passionnant, portant sur l’architecture d’occupation dans cette ville avant 1914, laboratoire d’architecture moderne, aujourd’hui encore trop mal considérée et qui mériterait bien une étude aussi stimulante que celle-ci.

Odile Foucaud, Toulouse. L’Architecture au XIXe siècle, coéd. Musée Paul Dupuy de Toulouse-Somogy, 216 p., 250 F, ISBN 2-85056-396-X et Rodolphe Rapetti, Christine Peltre, et autres, Strasbourg 1900, naissance d’une capitale, coéd. Musées de Strasbourg-Somogy, 264 p., 295 F, ISBN 2- 85056-387-0.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°525 du 1 avril 2001, avec le titre suivant : Toulouse. L’Architecture au XIXe siècle et Strasbourg 1900, naissance d’une capitale

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