Propos de Picasso

Une anthologie des propos du peintre

Par Alain Cueff · Le Journal des Arts

Le 24 avril 1998 - 478 mots

Les éditions Gallimard réparent une anomalie éditoriale en rassemblant les entretiens et les textes sur l’art de Picasso qui furent publiés dans différents journaux et magazines de 1923 à sa mort.

Quand il prenait la plume, Pablo Picasso se livrait plus volontiers à des tentatives poétiques qu’à des esquisses théoriques sur l’art. Les rares textes de ce recueil signés de sa main sont essentiellement des prises de position politiques, publiées au moment de la guerre d’Espagne et justifiant son adhésion au Parti communiste. Pour le reste, l’inventeur du Cubisme jugeait préférable de se laisser interroger par des critiques ou par son marchand, Daniel-Henry Kahnweiler, qui en réalisa plusieurs comptes-rendus. Le volume de ces entretiens n’est pas considérable, une petite vingtaine, mais leur intérêt documentaire ne fait aucun doute, et cet ouvrage met un terme à une singulière anomalie éditoriale en les regroupant pour la première fois.

Certaines des formules célèbres retrouvent leur contexte original. Ainsi du très fameux et apparemment paradoxal credo : “Je ne cherche pas, je trouve”, qui fait l’objet d’un développement assez ample pour dissiper les erreurs d’interprétation et témoigner de l’habileté stratégique du peintre, qui prétend expressément – privilège des grands – être un homme comme les autres. Jugements à l’emporte-pièce, tautologies définitives (“L’art a toujours été art et non nature”), généralisations alertes, faux-fuyants de complaisance (“Il y a des peintres bons et mauvais, et c’est tout”). Le tout augmenté d’images longuement mûries : “Il y a des peintres qui transforment le soleil en une tache jaune, mais il y en a d’autres qui, grâce à leur art et à leur intelligence, transforment une tache jaune en soleil”. Picasso néglige l’ironie, récuse toute distance vis-à-vis de l’inspiration. On comprend mieux, à lire l’intégralité de ces propos rapportés, que Picasso n’ait pas jugé utile d’en dire plus ou autrement. Il envisage son œuvre à la fois comme exceptionnelle et évidente : l’auto-analyse peut alors rester cantonnée à la portion congrue.

Un bon sens universel
Mais surtout, le niveau de discours auquel le peintre s’est adonné dès ses débuts ne se prêtait certainement pas à de longs développements. Ces entretiens sont moins l’émanation de la pensée propre du maître que le triomphe sans partage d’un bon sens universel. Non seulement il renvoie en permanence ses interlocuteurs en deçà de leurs ambitions théoriques, mais il clame sa foi dans les vertus du sens commun. Ce qui est devait être et le Cubisme, pesé à cette aune, n’a rien d’une aventure moderne mais n’est que la poursuite, par d’autres moyens, d’une tradition classique immémoriale. Tradition et non histoire, travail et non recherche : l’art, dit-il encore, n’entre dans aucun absolu philosophique. Les propos de Picasso ne furent jamais publiés pour procurer un quelconque frisson.

Picasso, Propos sur l’art, éditions Gallimard, collection “Art et artistes�?, 160 x 220 cm, 30 ill. noir et blanc, 189 p., 130 F., ISBN 2-07-074698-4.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°59 du 24 avril 1998, avec le titre suivant : Propos de Picasso

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