Mercredi 21 février 2018

Marché de l’art

Patrick de Bayser, Le Piéton de Drouot, les enchères de A à Z

Le curieux monde de Drouot

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 16 février 2010

L’hôtel Drouot, ses acteurs et ses usages sont disséqués par un habitué des lieux

Temple des enchères depuis 1852, Drouot est un lieu atypique et fascinant où fourmillent trois à cinq mille visiteurs par jour. Patrick de Bayser, expert en dessins auprès des commissaires-priseurs, en connaît tous les arcanes, les codes et pratiques. Il en a fait un livre, d’un format très maniable (11,5 x 17,5 cm), rédigé sous la forme d’un abécédaire de A à Z (de près de 900 entrées), à parcourir très librement. Il ravira autant le novice des enchères avide de bons conseils, que l’enchérisseur aguerri qui sourira à la lecture de certains passages. Beaucoup d’accroches, d’anecdotes et de renvois rendent la lecture vivante et ludique.

L’auteur nous plonge immédiatement dans l’Atmosphère du lieu car « Drouot a une gueule d’atmosphère ». Il en décrit d’abord l’Accueil dans un hall « en pleine effervescence » où les gens se bousculent. À propos des escalators menant le public aux salles, il prévient : « J’engage le visiteur à ne pas se pencher par-dessus la rambarde lorsqu’il aperçoit une connaissance qu’il veut interpeller, car les plafonds forment alors de véritables guillotines. […] Lorsque la foule est trop dense, il est bien plus pratique d’utiliser l’escalier situé au fond du hall. Sauf à midi, où il sert d’agora aux commissionnaires. »

Tiens justement, passons à Commissionnaire, autrement appelé Collet rouge ou Savoyard, dont la description, comprenant l’historique et l’organisation détaillée, tient sur quatre pages, à égalité avec Commissaire-priseur, c’est dire son importance. Commissionnaire renvoie à moult mots tels Fromage parce que, dans les sous-sols de Drouot, les Savoyards affinaient les fromages, ainsi qu’à Enlèvement où l’on apprend que « chez vous, Nounours et Coco Bel Œil, commissionnaires, enlèveront vos meubles pour le compte d’un commissaire-priseur » ou encore à Magasinage, Mise en salle, Patron, Ripeur, Transporteur, Yoyo, Zanzi et Tombé qui fait référence à « la brebis galeuse » qui fait « tomber du camion quelque marchandise oubliée lors d’un inventaire » !

Comme au théâtre
« La première enchère que vous portez est comme un dépucelage. Vous mourez d’envie de le faire, mais vous ne savez comment vous y prendre […] », démarre Patrick de Bayser pour Enchère. Saviez-vous encore que, dans la bouche d’un brocanteur, Cimetière est synonyme de musée ; que les personnels d’entretien de Drouot sont surnommés les Tapissiers comme au théâtre, ou encore qu’« À l’angle des rues Drouot et Rossini […], d’octobre à avril, qu’il pleuve, qu’il gèle ou qu’il vente, Mme Michelin – ainsi surnommée car, pour supporter les conditions climatiques, Fanny enfile jusqu’à huit épaisseurs, ce qui la fait ressembler à notre Bibendum national – prépare amoureusement des crêpes » ? On remarquera, en outre, le professionnalisme de l’expert en dessin portant un éclairage approfondi sur son médium de prédilection : Aquarelle, Compte-fils, Contre-épreuve, Crayon, Dendrite, Estompe, Fusain, Graphite, Grattage, Lavis, Mine de plomb, Monotype, Pastel, Pierre noire, Rehauts, Sanguine, Trois crayons

PATRICK DE BAYSER, LE PIÉTON DE DROUOT, LES ENCHÈRES DE A À Z, éditions Le Passage, 2009, 448 p., 18 euros, ISBN 978-2-8474-2144-6

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°319 du 19 février 2010, avec le titre suivant : Patrick de Bayser, <em>Le Piéton de Drouot, les enchères de A à Z</em>

Tous les articles dans Médias

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque