Paris Doisneau

Par Jean-Christophe Castelain · L'ŒIL

Le 1 novembre 2005 - 477 mots

Un nouveau livre sur les photographies parisiennes de Robert Doisneau (1912-1994) est-il encore vraiment utile quand tant de ses photographies sont connues d’un large public ? Celui-ci, constitué
de clichés sélectionnés par ses proches, l’est certainement car il présente le Doisneau spontané.
Depuis la vente il y a quelque mois par Artcurial du célébrissime Baiser de l’Hôtel de Ville (cf. p. 100-101), tout le monde sait que le couple en train de s’embrasser était en fait constitué de jeunes comédiens. Doisneau ne s’en était d’ailleurs jamais caché. Dès lors on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la spontanéité de certaines scènes photographiées. Une pose affectée, un cadrage trop parfait qui met en valeur les personnages, une situation trop narrative en somme révèlent la mise en scène. Comme par exemple La Vitrine de Romi 1848, où est exposée une toile coquine qu’observent différents passants.
Mais la très grande majorité des clichés parisiens de Doisneau sont pris sur le vif, au hasard des rencontres. Doisneau aimait sillonner Paris, dans tous les sens, avec une préférence pour les quartiers populaires, pendant « les heures volées à mes différents employeurs », écrit-il. Le Paris de Doisneau s’étale ainsi sur près de cinquante ans, du Paris sous l’Occupation jusqu’au Paris mutilé par l’urbanisme moderne.

Humour et fantaisie
Mais si la ville constitue le décor, ce sont ses habitants qui attirent l’objectif et notre regard. Connus, Maurice Chevalier, Colette et bien sûr Sabine Azéma, et moins connus, touristes, enfants, forts des halles, simples passants sont saisis le plus souvent dans des situations cocasses. Car c’est bien l’humour qui rend ces photos si attachantes et plaisantes : un promeneur qui court après son chapeau emporté par le vent, un « collectionneur » de pancartes allemandes pendant la Libération, un vieux monsieur en costume et patins à roulettes, une femme et son enfant traversant en courant la place de la Concorde. Le photographe n’est jamais féroce, il saisit les situations insolites et amusantes sans ridiculiser les protagonistes. On retrouve d’ailleurs le même esprit aujourd’hui dans les photographies du Britannique Martin Parr.
Doisneau a livré quelques reportages pour les premiers numéros de L’Œil. Rosamond Bernier, la fondatrice de la revue, se souvient  « qu’il avait une allure passe-partout et qu’il arrivait ainsi à se faufiler partout »(cf. L’Œil n° 565). C’est ce qui explique pourquoi il parvient avec autant de succès à enregistrer des images instantanées sans interférer et perturber la scène qui se déroule devant lui. Et quand les portraiturés regardent l’objectif, c’est avec une franche sympathie pour le photographe. Les commentaires de Doisneau qui accompagnent certaines images sont du même tonneau : courts, simples, vivants et humanistes. On les lit avec d’autant de plus de plaisir que souvent ils restituent l’état d’esprit de leur auteur.
Dans un registre différent du Baiser de l’Hôtel de Ville le Doisneau spontané est un vrai moment de détente et de fraîcheur.

Paris Doisneau, Flammarion, 400 p., 562 ill., 49 euros.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°574 du 1 novembre 2005, avec le titre suivant : Paris Doisneau

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