Noël-Nicolas Coypel

L'ŒIL

Le 1 novembre 2004

Demi-frère d’Antoine et oncle de Charles-Antoine, auxquels les éditions Arthéna ont déjà consacré de solides monographies, Noël-Nicolas Coypel attendait un nouvel historien depuis soixante-dix ans. Jean Monselet en 1930 lui attribuait plus de talent qu’aux autres membres de cette dynastie qui débuta avec Noël sous Louis XIV. Les amateurs de l’entre-deux-guerres préféraient déjà la détente rococo au grand goût du XVIIe siècle. À cette aune, Noël-Nicolas, le gracieux et le sensuel, l’emportait assurément sur son père, le décorateur des Tuileries et des Invalides. Mais l’esthétique louis-quatorzième, depuis l’époque de Monselet, a redoré son blason tandis que la peinture de la Régence et des premières années du règne de Louis XV est aujourd’hui mieux connue. Cette double évolution n’a peut-être pas profité à Noël-Nicolas Coypel dont on évalue mieux désormais la juste valeur. Jérôme Delaplanche, qui signe ce nouveau livre chez le même éditeur, ne montre pas, au reste, un enthousiasme excessif dans la défense de son héros. Et la révision du corpus des tableaux, l’analyse stylistique le retiennent davantage que l’interprétation de l’œuvre et son contexte de création ou de réception.
Débutant vers 1710, la carrière de Coypel s’achève prématurément en 1734 dans la misère. Il est encore difficile de comprendre pourquoi et d’admettre que cette situation reflète seulement un marché en pénurie ou un peintre en panne de succès. Du côté de l’administration royale, manne aléatoire des peintres de l’Académie, l’état des finances est, nul doute, calamiteux. Le Salon, autre privilège de l’Académie, ne s’est tenu, par ailleurs, qu’une fois entre 1704 et 1737. Le seul signe patent d’une reprise progressive du volontarisme culturel à la Colbert fut l’organisation du concours de 1727, supposé revigorer l’ardeur des peintres d’histoire. S’il n’en sortit pas vainqueur, puisque la palme revint à Lemoyne et Jean-François de Troy, les deux étoiles du moment, Coypel fut plébiscité par le public et gratifié de 1 500 livres par le comte de Morville. L’Enlèvement d’Europe, aujourd’hui à Philadelphie, est de fait fort beau. Lumière tiède, corps folâtres, composition en mouvement, le tableau méritait mieux. Il frappe toujours par son alliance de bon ton, l’expression d’Europe façon Guido Reni, et de détails piquants, comme le taureau jupitérien qui tire la langue. Ni Titien, ni Véronèse ne s’étaient autorisé pareille liberté. Mais, l’auteur y insiste avec raison, Coypel n’est peut-être pas à ranger parmi les licences de l’art rocaille. Son écriture plus ferme, sans dispersion de lumière et de touche, sa prudence thématique n’en font pas le précurseur de Boucher, ni même de Natoire. Il reste cependant l’auteur de quelques chefs-d’œuvre et cela suffit à notre bonheur.

Jérôme Delaplanche, Noël-Nicolas Coypel, Arthéna, 2004, 172 p., 151 ill., 60 euros.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°563 du 1 novembre 2004, avec le titre suivant : Noël-Nicolas Coypel

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