Dimanche 15 décembre 2019

Quattrocento

Mauro Lucco - « Antonello de Messine »

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 18 octobre 2011 - 629 mots

Spécialiste d’Antonello de Messine, Mauro Lucco signe aux éditions Hazan une nouvelle monographie sur l’artiste.

« Une amitié qui dure depuis quelque quarante-cinq ans. » C’est en ces termes que Mauro Lucco décrit les liens qui l’unissent au peintre italien Antonello de Messine (vers 1430-1479), auquel il a consacré la majeure partie de ses recherches. Professeur d’histoire de l’art médiévale et professeur d’histoire de l’art moderne (jusqu’à décembre 2007) à l’université de Bologne, auteur de divers ouvrages sur la peinture vénitienne à la Renaissance, il a assuré le commissariat de l’exposition « Antonello da Messina » à Rome en 2006, un événement exceptionnel ne serait-ce que par l’ampleur des prêts – y figuraient trente-trois tableaux du maître italien du Quattrocento sur les cinquante aujourd’hui connus. Mauro Lucco s’était également vu confier l’ouvrage accompagnant la manifestation, véritable catalogue raisonné de l’œuvre de cet artiste connu pour avoir expérimenté en Italie la technique de la peinture à l’huile, alors utilisée en Flandre.

Aujourd’hui, à la demande des éditions Hazan, l’historien de l’art agrémente son travail d’un nouvel opus. Abondamment illustrée, la publication « cherche à représenter l’esprit, l’art, les valeurs et, au fond, la contemporanéité d’Antonello, sans omettre le déroulement et les articulations de sa carrière, ni l’alourdir de l’inutile érudition qui pèse souvent sur les ouvrages de ce type », comme l’explique son auteur. Mauro Lucco fait le point sur les avancées de la recherche concernant Antonello – jusqu’aux dernières monographies publiées sur le peintre –, tâche pour laquelle il avoue volontiers adopter un point de vue personnel. « Je m’en tiens aux œuvres que je crois d’Antonello, et j’écarte toutes les autres ou presque », prévient-il. Ainsi de la Vierge de l’Annonciation conservée à Côme, comme des Vierge lisant de la collection Forti de Venise et du Musée Walters de Baltimore (Maryland), toutes écartées du corpus de l’artiste.

Qualité des illustrations
Facile d’accès, agréable à lire, le texte suit une trame chronologique. Il aborde en premier lieu la formation d’Antonello de Messine dans un milieu culturel napolitain alors en pleine effervescence, avant d’évoquer ses possibles voyages entre l’Aragon, la Catalogne, la Provence, la Lombardie et Rome, à une période, entre 1465 et 1471, pour laquelle aucun document d’archives ne mentionne la présence de l’artiste. Sans rejeter cette théorie à laquelle adhèrent encore nombre d’historiens, l’auteur penche plutôt pour une certaine sédentarité en Sicile. Il explique alors la nette évolution de son style par la circulation des idées et des objets, les nombreux échanges et rencontres que favorisait cette région ouverte sur la Méditerranée.

La qualité des illustrations qui agrémentent l’ouvrage – particulièrement les 64 macrophotographies réalisées pour l’occasion – permet de saisir toute la subtilité de la technique illusionniste d’Antonello. Elle révèle la fragilité du polyptyque de Saint Grégoire (1472-1473), unique œuvre conservée dans sa ville natale, à Messine, ou l’expressivité du Condottiere (1475) du Louvre, qui compte parmi les chef-d’œuvre de la période vénitienne. Antonello avait rejoint la Sérénissime à la fin de l’année 1474. « À compter de ce moment, la peinture d’Antonello s’élève aussi au-dessus de toute son œuvre passée, note Mauro Lucco, faisant de son séjour à Venise la période où son art atteint son plus haut niveau d’accomplissement et le porte au rang de très grand peintre moderne. » C’est lors de ce séjour qu’il réalise le fameux Saint Jérôme dans son atelier (1475), conservé à la National Gallery de Londres. En annexe, le lecteur trouvera une bibliographie, des notices sur les œuvres et des documents d’archives qui dévoilent la personnalité de cet artiste que Mauro Lucco semble si intimement connaître. Et de conclure : « Ce livre me semble boucler idéalement la boucle que j’ai commencée jeune homme, et honorer ainsi ma dette personnelle à l’égard de cet artiste. » 

Mauro Lucco - Antonello de Messine, éditions Hazan, 2011, 320 p., 99 euros, ISBN 978-2-7541-0315-2.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°355 du 21 octobre 2011, avec le titre suivant : Mauro Lucco - « Antonello de Messine »

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