Pamphlet

Les dessous d’un projet

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 26 avril 2011 - 506 mots

Un livre acerbe raconte par le menu la création de la Maison de l’histoire de France. Et en appelle au débat.

Pour qui pensait que la polémique sur le projet de Maison de l’histoire de France (MHF) était close, un petit livre rouge vient rappeler, au contraire, à quel point elle est restée intacte. Fruit d’un travail collectif de professeurs, chercheurs, documentalistes et conservateurs, réunis au sein du groupe de travail indépendant « Musée histoire et recherche » créé en octobre 2010, ce petit opuscule intitulé Quel musée d’histoire pour la France ? vient relayer le point de vue des professionnels de l’histoire, c’est-à-dire des historiens. Ceux qui précisément s’estiment laissés de côté dans la gestation au forceps de ce projet présidentiel. 

Polémique
En discutant du fond du projet, c’est-à-dire de la manière dont a été élaboré son contenu scientifique, ses auteurs entendent aussi ne pas laisser le monopole de la contestation aux organisations syndicales des Archives nationales. D’un ton résolument polémique, ce livre partisan s’attache à décrypter les ressorts du projet et à analyser le processus de décision. Vincent Duclert, professeur à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), l’écrit clairement dans sa chronique : il s’agit de porter à la connaissance du public tous les éléments du dossier, quitte à écorner l’image de certains acteurs. Et de montrer comment un projet né de l’initiative personnelle d’un rapporteur, portant une « vision exaltée » de l’histoire, a fait l’objet d’une récupération politique pour être même un temps lié, comme le confirme une lettre de mission de mars 2009, au ministère de l’Identité nationale. Sur ces bases se serait construit un projet sans réel socle scientifique, signe d’une « régression de l’expertise publique ». Les auteurs dénoncent ainsi une « instrumentalisation du désir d’histoire des Français », appuyée sur « une vision romantique de la discipline historique ». Cela se greffant sur un calendrier forcené, lié de surcroît au contexte de la réforme de l’État – d’où l’idée saugrenue de confédérer des musées nationaux au futur établissement – mais aussi en ignorant totalement le ministère de l’Enseignement supérieur. Pour les auteurs, la comparaison, tant vantée par les promoteurs de la MHF, avec le modèle allemand ne tient pas : le Musée historique allemand de Berlin a été le fruit de cinq années de débats et aura mis plus de vingt ans à voir le jour.

Ce livre au ton très dur ne sera peut-être qu’un coup d’épée dans l’eau. Mais il laissera toutefois – outre une liste de douze recommandations – la trace d’une opposition argumentée à un projet qui n’a jamais fait réellement débat. À moins qu’à l’aune d’une nouvelle échéance électorale, le politique n’ait le courage de se saisir de cette question. Il serait temps : le projet scientifique et culturel de l’établissement sera livré en juin.

Sous la dir. de Jean-Pierre Babelon, Isabelle Backouche, Vincet Duclert et Ariane James-Sarazin, QUEL MUSÉE D’HISTOIRE POUR LA FRANCE ?, éd. Armand Colin, coll. « Éléments de réponse », 2011, 192 p., 18 euros, ISBN 978-2-2002-7172-5

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°346 du 29 avril 2011, avec le titre suivant : Les dessous d’un projet

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