Archéologie

Les dessous de Saint-Pierre

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 14 décembre 2010 - 627 mots

Les éditions Hazan parachèvent leur série sur les trésors du Vatican en explorant la nécropole et le tombeau de saint Pierre.

Après Les Noces de Raphaël, La Chapelle Sixtine révélée et Les Jardins du Vatican, les éditions Hazan s’intéressent aux dessous de la basilique Saint-Pierre de Rome. Leur nouvel opus est consacré à la nécropole et au tombeau de l’apôtre mort sous le règne de Néron, lesquels se trouvent à l’origine de tout le complexe monumental du Vatican. L’ouvrage évoque plus largement les coutumes et monuments funéraires antiques au cours d’une période qui voit se transformer la Rome païenne en cité chrétienne, du Ier siècle au début du Ve.  Très technique et détaillée, cette somme qui rend compte des nombreux chantiers de fouilles et études réalisées sur le sujet est cosignée de Paolo Liverani (à la tête, depuis vingt ans, du département des antiquités classiques des musées du Vatican), et de Giandomenico Spinola – spécialiste de l’archéologie classique et de l’histoire de l’art antique, ancien directeur du département de l’art chrétien antique et primitif des Musées du Vatican. Sans oublier la participation de Pietro Zander, archéologue, responsable des nécropoles du Vatican et des antiquités classiques de la basilique Saint-Pierre – c’est ce dernier qui a supervisé, de 1998 à 2007, la campagne de restauration du tombeau de saint Pierre et de plusieurs édifices du Vatican. L’actuel Vatican, situé à l’époque romaine en périphérie du centre de la cité, comprenait une série de riches propriétés, traversées par des rues bordées de sépultures, qui furent redécouvertes dans les années 1940-1950 puis au cours des travaux successifs menés autour du Vatican. Après une introduction axée sur la topographie de ces nécropoles vaticanes, les auteurs analysent les principaux rituels funéraires qui y ont été pratiqués : l’incinération, remplacée au cours du IIe siècle par la pratique de l’inhumation. 

Multiples hypothèses
Parfois ardue, l’étude archéologique ici réalisée est servie par nombre d’illustrations qui permettent de mieux cerner les enjeux de la recherche. Des photographies de grande qualité, offrant au regard des vues d’ensemble autant que des détails, ainsi que des plans et schémas, retranscrivent la richesse de la nécropole creusée sous la basilique Saint-Pierre, d’une qualité de conservation, selon les auteurs, « sans équivalent à Rome ». En témoignent les somptueux clichés des décors de stucs et mosaïques, des inscriptions, urnes cinéraires, sarcophages et fresques aux couleurs éclatantes. La nécropole construite à flanc de colline afin de préserver la sépulture de l’apôtre est ici décrite tombeau par tombeau ; celui de Popilius Heracla, de Fannia Redempta, de Lucius Tullius Zethus, d’un anonyme, de familles, d’un professeur… Le texte fait la synthèse des multiples hypothèses déjà émises sur ce lieu mythique, à l’instar de l’analyse de l’épigraphiste Margherita Guarducci qui aurait identifié sur place les os de saint Pierre, ce que réfutent toujours nombre de chercheurs.

En conclusion, les auteurs se penchent sur les travaux de conservation et de restauration exécutés depuis la mise au jour de la nécropole durant la Seconde Guerre mondiale. D’autant que les nouvelles conditions climatiques du lieu entraînent une dégradation inexorable des vestiges antiques. Auparavant, le lecteur aura pu découvrir une autre nécropole vaticane, celle de la Via Triumphalis, parsemée de tombes systématiquement analysées. Les auteurs relatent les origines et le développement des différentes zones de la nécropole – tout aussi bien conservées –, depuis les rituels qui y étaient pratiqués sous Auguste jusqu’aux années 320. C’est à cette époque qu’est érigée, à quelques centaines de mètres plus au sud, la basilique constantinienne, zone alors privilégiée pour ensevelir les morts et devenue le berceau de la Chrétienté romaine.

Vatican, La Nécropole et le Tombeau de Saint Pierre, Paolo Liverani et Giandomenico Spinola, avec le collaboration de Pietro Zander, éditions Hazan, Paris, 2010, 350 p., 79 euros, ISBN 978-2-7541-0461-6.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°337 du 16 décembre 2010, avec le titre suivant : Les dessous de Saint-Pierre

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