Vendredi 19 octobre 2018

XIXe

Le siècle des révolutions artistiques

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 7 décembre 2016 - 456 mots

Le volume consacré par les éditions Citadelles à l’art du XIXe siècle met l’accent sur l’internationalisation et l’apparition du public.

Même si celui-ci compte plus de 600 pages, consacrer un seul volume à l’art du XIXe siècle est une gageure. Les éditions Citadelles et Mazenod ont en outre choisi un angle assez large, « L’Heure de la modernité », et une période très longue, de 1789 à 1914. Impossible donc de faire le récit linéaire de la création artistique de ce temps. D’ailleurs, précise l’un des auteurs, l’historien de l’art Pierre Wat, il vaut mieux s’affranchir des concepts en « -isme » inventés pour produire un récit ordonné de ce siècle foisonnant. Il prône plutôt une histoire sociale du goût. « En ce siècle de triomphe du bourgeois […], précise-t-il, on voit se développer ce que l’on pourrait appeler un art de maison, adapté aux modes de sociabilité et aux moyens de ces consommateurs. »

En effet, si le livre fait commencer le XIXe siècle en 1789, c’est parce que c’est à cette date que cesse la commande royale telle qu’on l’a connue auparavant. Quant aux nobles familles qui s’offraient de dispendieux décors, elles seront remplacées par des individus aux goûts très personnels et changeants, pratiquant volontiers l’éclectisme et faisant fi de la hiérarchie des genres. Le public, voilà le mot du XIXe siècle. Il a pris le pas sur le Roi et l’Académie. Pour capter et satisfaire son goût, on organise des expositions d’envergure, un vaste marché de l’art s’établit et la critique vit son âge d’or. Il absorbe estampes et photographies au point que, souligne cet autre historien, Bertrand Tillier, « les intérieurs deviennent des boîtes à images ».

Et puis le monde est bien plus vaste au XIXe siècle. Tout le livre insiste sur l’internationalisation de l’art à cette époque, un mouvement qui va de toute l’Europe vers Paris, mais aussi provoque des échanges constants entre une multitude de centres artistiques présentant une identité propre. Les artistes de partout envoient des œuvres dans les Salons des différentes grandes villes d’Europe et les acheteurs américains se disputent les productions continentales.

Ce sont toutes ces nouveautés que met en valeur ce livre. Certes, celui-ci ne peut faire l’économie des chapitres classiques d’une histoire de l’art consacrés aux arts décoratifs, à l’architecture, à la photographie, à la sculpture monumentale et à la peinture, abordée ici par la hiérarchie des genres. Mais l’angle est souvent inattendu, le pas de côté privilégié. Les illustrations – près de 700 – font la part belle aux artistes étrangers et les légendes sont très souvent traitées comme de petits encadrés, ajoutant des informations à un ensemble déjà riche. Paradoxalement, cette somme monumentale donne envie d’explorer encore plus loin, en exploitant l’appareil critique et la biographie. Qu’elle n’épuise pas son sujet tout en le creusant largement est son plus bel atout.

L’art du XIXe siècle, l’heure de la modernité, 1789-1914, Bertrand Tillier (sous la direction de)

Avec Laurent Baridon, Frank Claustrat, Sébastien Clerbois, Rossella Froissart, Laurent Houssais, France Nerlich, Dominique Poulot, Julie Ramos, Paul-Louis Roubert, Pierre Wat, éd. Citadelles et Mazenod, 624 p., 185 €

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°469 du 9 décembre 2016, avec le titre suivant : Le siècle des révolutions artistiques

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