L’abécédaire du Louvre de Rosenberg

Par Jean-Christophe Castelain · L'ŒIL

Le 29 janvier 2008

« Hommage de l’auteur absent de Paris. » Cette désinvolture calculée du carton qui accompagne l’ouvrage envoyé aux journalistes est à l’image du Dictionnaire amoureux du Louvre écrit par l’un de ses anciens directeurs. Pierre Rosenberg s’est manifestement amusé à sélectionner les noms et sujets qui composent son glossaire personnel et à rédiger les notices sur un ton badin, souvent malicieux, toujours enlevé. Et lorsque l’auteur s’amuse, le lecteur, lui, se régale.

Anecdotes et engagements
On apprend des tas de choses, connues ou moins connues, sur l’histoire du Louvre et de ses
collections. Comme les enfants qui revoient indéfiniment les mêmes DVD de dessins animés, on aime relire l’histoire du Radeau de la Méduse de Géricault ou celle des vingt-quatre tableaux de la Galerie Médicis.
Pierre Rosenberg aime raconter des anecdotes sur les œuvres, la barrière de distance de l’Hermaphrodite endormie, le vol de la Joconde en 1911 ; relever l’insolite, telle cette présence dans les salles, d’un tableau de Monet, ou expliquer que jusqu’à Napoléon III, la zone entre le Louvre et les Tuileries était encombrée de constructions populaires.Mais il sait aussi être plus engagé et mordant lorsqu’il s’agit de défendre « son » Louvre. Il verrait bien le musée des Arts décoratifs quitter le pavillon de Marsan et la galerie commerciale qu’est le Louvre des Antiquaires céder son immeuble aux services administratifs du musée. Pierre Rosenberg apprécie peu Jacques Chirac, n’aime pas les énarques de l’administration du Louvre, le Greco et les foules de visiteurs qui s’ennuient. Il pense que le salaire d’Henri Loyrette (80 000 euros par an) est insuffisant comparé à celui du directeur du MoMA et n’hésite pas à égratigner Le Journal des Arts lorsque celui-ci révèle l’affaire des prêts/locations au musée d’Atlanta. Le grand spécialiste de Poussin est d’une génération qui ne comprend pas grand-chose à l’informatique, n’a pas lu, et le revendique, le Da Vinci Code et écrit « coquetelle » à la place de « cocktail ».
Tout le plaisir de la lecture vient de ce que l’on passe d’un sujet d’histoire de l’art à une information pratique ou un événement de la vie du Louvre avec d’autant plus de plaisir que les notices sont courtes et écrites dans un style direct, reflet de la personnalité de leur auteur. À déguster jour après jour, mais pas plus de trois ou quatre notices par jour, pour que la lecture dure plus longtemps.

Pierre Rosenberg, Dictionnaire amoureux du Louvre, Plon, 950 p., 28”‰€.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°599 du 1 février 2008, avec le titre suivant : L’abécédaire du Louvre de Rosenberg

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