Dimanche 22 septembre 2019

La correspondance de Rik Wouters

Un beau livre surprenant, parcourant la vie de l’artiste

Le Journal des Arts

Le 1 juin 1994 - 513 mots

Le domaine du marché de l’art connaîtrait-il une transformation dans ses pratiques mêmes ? C’est la question que l’on peut se poser lorsqu’on analyse l’activité débordante du jeune expert Olivier Bertrand pour faciliter la reconnaissance de Rik Wouters.

Climat d’intimité
Il convient sans doute de rappeler qui fut Rik Wouters. Né à Malines en 1882, Wouters poursuit des études académiques tant dans le domaine de la peinture que dans celui de la sculpture. Ces deux registres resteront ses formes d’expression privilégiées. Leur complémentarité se révèle dans la manière dont l’artiste tire parti, ici de l’aquarelle, là de la terre, pour rendre la suavité d’une caresse de lumière qui met l’objet en valeur. Ainsi se tisse un climat d’intimité entre la chose et l’homme, qui s’affranchira peu à peu des tonalités nabis pour trouver dans l’impressionnisme l’éclat d’une palette et le lyrisme d’un geste délié. Wouters trouve sa voie.

Le couturier français Georges Giroux, qui anime à Bruxelles une importante galerie où les avant-gardes européennes exposeront en nombre, lui ouvre ses cimaises en 1912. Wouters, en pleine possession de ses moyens, s’impose comme le chef de file de ce que la critique nommera imparfaitement Fauvisme brabançon. Paris domine les esprits et Wouters poursuit son œuvre dans l’intimité d’une vie que chaque toile éclaire d’un jour nouveau. Rarement artiste aura à ce point puisé son inspiration dans l’amour qu’il nourrit pour celle qui partage ses jours. Chaque toile porte la marque de Nel que l’on retrouve vivante dans cette correspondance où elle reste omniprésente. Les années de bonheur sont comptées. La guerre qui éclate en août 1914, la mobilisation, le front, la blessure, l’internement en Hollande et bientôt la maladie assombrissent l’œuvre qui prend un accent pathétique. Wouters s’éteint en 1916.

Précision rigoureuse
L’ouvrage de Bertrand et Hautekeete retrace avec une précision rigoureuse cette existence brisée en plein élan. Les photographies documentaires et les toiles reproduites en font une monographie originale que les lettres animent avec bonheur. On sent un parti pris d’originalité qui surprend souvent, irrite parfois, mais permet finalement de lire cette correspondance comme un récit. Une bonne entrée en matière avant les événements tant attendus qui consacreront en Rik Wouters un des peintres phares de la première moitié du XXe siècle.

Dans l’attente de la vaste rétrospective qui s’ouvrira bientôt au Musée provincial d’Ostende et du catalogue raisonné annoncé en trois volumes, Olivier Bertrand, secondé de Stefaan Hautekeete, publie cette correspondance de Rik Wouters dans un format dit de "beau livre" qui surprend au premier abord pour ce type de publication. C’est que la correspondance est ici prétexte à un parcours à travers la vie de Wouters dans l’intention manifeste d’éclairer l’œuvre d’un jour nouveau. Sans céder à l’exploitation rhétorique des écrits de l’artiste, les éditeurs ont pris le parti de présenter les lettres – éditées sans coupure et soigneusement annotées – comme les jalons d’une existence brève mais riche.

Olivier Bertrand et Stefaan Hautekeete, Rik Wouters. Jalons d’une vie, Anvers, Pandora, 1994. 198 pages ill. en n/b et coul. format 25 x 30,5 cm Prix : 1 500 FB (250 F environ).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°4 du 1 juin 1994, avec le titre suivant : La correspondance de Rik Wouters

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