Vendredi 1 juillet 2022

Cinéma

La Berlinale rend un hommage émouvant à Agnès Varda

BERLIN / ALLEMAGNE

La 69e édition du festival de films de Berlin a décerné à la cinéaste et plasticienne française un prix honorifique, la Caméra de la Berlinale, pour récompenser l’ensemble de sa carrière.

Agnès Varda en 2018 - Ciné Tamaris
Agnès Varda en 2018
© Photo : Ciné Tamaris

Berlin.« Je suis devenue une ourse sur le tapis rouge », de la Berlinale, commente Agnès Varda sur son compte Instagram avec son autodérision habituelle sous sa photo. Sur la prise de vue, vue plongeante prise du premier étage, apparaît l’inimitable chevelure bicolore blanche et prune de la réalisatrice, toujours assortie à sa tenue vestimentaire.

Ce n’était pourtant pas un Ours (équivalent de la Palme d’or à Cannes), qu’était venue glaner Agnès Varda au festival du film de Berlin. La Berlinale lui a remis pour l’ensemble de sa carrière, la Caméra, récompense décernée chaque année depuis 1986 aux cinéastes et acteurs méritants et auxquels le festival se sent redevable. La remise de ce prix honorifique précédait la première mondiale de son dernier film, Varda par Agnès, présenté hors compétition. La cinéaste française faisait également une brève apparition dans le très émouvant film Serendipity de l’artiste française Prune Nourry, présenté dans la section Panorama.

Après avoir reçu un oscar honorifique l’an passé, Varda s’amuse de cette pluie de récompenses. Mais lance aussi un cri du cœur : « Je ne suis pas une légende, je suis toujours vivante », s’est-elle exclamée en préambule de la conférence de presse. À 90 ans passés, elle estime cependant avoir mérité le droit de choisir ce qu’elle veut faire. Ou ne plus faire… comme donner des interviews individuelles ou commenter ses films dans des conférences, des écoles d’art et de cinéma. Son dernier film, Varda par Agnès, où elle commente son œuvre, aussi bien cinématographique que plastique, devra cependant prendre sa place dans les conférences et les interviews. Son introspection n’est pas une masterclass, explique-t-elle : elle ne se sent ni maître ni professeur. Le documentaire, réalisé avec le soutien du MoMA et de la Fondation Cartier pour l’art contemporain, présente un hiatus au tournant du millénaire avec l’arrivée du numérique, qui a transformé la manière de travailler d’Agnès Varda. Deux éléments reviennent constamment dans son œuvre. Tout d’abord, même dans ses fictions, elle introduit des éléments documentaires. Le second élément est l’influence récurrente de l’art : par exemple une ambiance impressionniste dans Le bonheur ; ou bien, lorsqu’elle demande à Jane Birkin de recréer des scènes de Picasso, Magritte ou la Vénus d’Urbin de Titien dans son faux documentaire Jane B.

Ce n’est qu’en 2003 qu’elle entre dans le cercle des artistes visuels, explique-t-elle, lorsque le commissaire de la Biennale de Venise, Hans-Ulrich Obrist la convie à participer à l’exposition. Elle n’aime pas le mot de plasticienne, les artistes ne sont pas des fabricants de plastique, précise-t-elle dans le documentaire et préfère le terme anglais d’artiste visuel. Elle revient également sur son exposition à la Fondation Cartier pour l’art contemporain en 2006 et sur la coopération fructueuse qui s’en est ensuivie avec son directeur, Hervé Chandès. Le film s’achève avec une pirouette sur le superbe Visages Villages, tourné en coopération avec l’artiste JR.

À l’issue de la cérémonie et de la projection de Varda par Agnès, la cinéaste a été saluée par une chaleureuse standing ovation, longue de plusieurs minutes, qui ne s’est interrompue que lorsqu’Agnès Varda, très émue, a fini par quitter la salle.

Ambiance fin de règne pour la 69e Édition  

 

Coulisses. Le festival de films berlinois, un des plus importants en Europe aux côtés de Cannes et de la Mostra de Venise, s’est déroulé du 7 au 17 février 2019, pour la dernière fois sous la direction de Dieter Kosslick, directeur du festival depuis 2001. Pour cette année de transition, la sélection en compétition comportait une forte présence féminine avec sept films sur dix-sept réalisés par des femmes. Le jury de la Berlinale, présidé cette année par Juliette Binoche, a boudé le favori de la critique et du public, Di Jiu Tian Chang (Adieu, mon fils) du réalisateur chinois Wang Xiaoshuai, dont les deux acteurs principaux ont tout de même reçu les prix d’interprétation masculine et féminine. L’Ours d’or a été attribué au décevant Synonymes, film français réalisé par le cinéaste israélien Nadav Lapid. François Ozon a reçu l’Ours d’argent du Grand prix du jury pour Grâce à Dieu, consacré au silence de l’Église sur le scandale de la pédophilie. La controverse qui entoure la sortie en France n’a cependant que peu émue la Berlinale, qui invite régulièrement des réalisateurs censurés et interdits d’exercer leur profession dans leur pays.Mais la Berlinale ne serait pas ce qu’elle est sans scandale – ce que la sélection de cette année ne laissait pas présager, tant elle était lisse par rapport aux précédentes éditions. La compétition s’est terminée de manière abrupte, lorsque que le film chinois du cinéaste Zhang Yimou a été retiré de la compétition, deux jours avant la projection, officiellement pour des raisons techniques de postproduction. De nombreux commentateurs y ont cependant vu l’action de la censure des autorités chinoises, qui essaient de reprendre la mainmise sur l’industrie du divertissement, d’autant plus qu’un premier film chinois avait également été retiré tout aussi abruptement de la section Panorama quelques jours auparavant.Hormis ce scandale de dernière minute, la Berlinale a compensé le manque de provocation politique par de vifs moments d’émotion, avec l’hommage à son directeur Dieter Kosslick, qui quitte donc ses fonctions après dix-huit ans de service, à Agnès Varda (voir ci-contre), l’intervention d’André Téchiné devant de jeunes talents du cinéma, mais aussi l’hommage impromptu à l’acteur Bruno Ganz, décédé le jour même de la cérémonie de remise des prix. Si Dieter Kosslick n’a pas à rougir de son bilan, il reste tout de même à espérer que la nouvelle direction amène un nouveau souffle l’année prochaine.

 

Isabelle Spicer

Varda par Agnès
sera diffusé le 18 mars 2019 en deux parties sur Arte.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°518 du 1 mars 2019, avec le titre suivant : La berlinale rend un hommage émouvant à Agnès Varda

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