Mercredi 17 octobre 2018

Portrait

Krajcberg ou la lutte pour la vie

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 20 février 2004 - 436 mots

France 5 dresse un portrait du peintre qui, depuis cinquante ans, travaille à partir d’éléments naturels détruits.
« J’ai beaucoup trop souffert pour ne pas lutter pour la vie. Je crie ma révolte avec mon travail », clame Frans Krajcberg. Pour faire le portrait de cet artiste juif d’origine polonaise aujourd’hui âgé de 83 ans, l’équipe de France 5 l’a suivi au Brésil, dans le sud de Bahia, la ville où il est installé, mais aussi à Paris où il séjourne régulièrement. Depuis plus de cinquante ans, Krajcberg travaille à une œuvre engagée et se bat pour préserver la Terre. Ses immenses sculptures de bois sont réalisées à partir de fragments de végétation brûlée qu’il recueille sur les lieux mêmes d’incendies forestiers avant de leur « redonner vie » avec des pigments de couleur purs.
Au fil du documentaire, Krajcberg se livre à la caméra, évoque son enfance en Pologne et la fin de la Seconde Guerre mondiale où, après avoir servi l’armée polonaise, il apprend que toute sa famille a péri dans les camps nazis. Cherchant avant tout à « fuir les hommes, fuir l’Europe », il s’isole dans la forêt brésilienne où il découvre « la beauté de la nature, avec ses couleurs exceptionnelles » qu’il n’aura de cesse de défendre. Face au feu dévastateur, Krajcberg se fait photographe et devient célèbre dans tout le pays comme militant écologiste. Il commence alors à travailler sur du bois brûlé. En 1964, il est récompensé à la Biennale de Venise pour son Tableau de pierre et de terre et, en 1975, expose à Paris, au Centre national d’art contemporain, futur Centre Pompidou. Le documentaire s’achève sur les images apocalyptiques d’incendies ravageant la forêt amazonienne. Une voix off nous rappelle que, en 2002, en moins d’un an, c’est une superficie équivalente à la Belgique qui est partie en fumée ; la déforestation a fait un bond en avant de 40 %. Principale cause : la demande de soja sur le marché mondial qui entraîne un défrichement incontrôlé. « Je crie ma révolte contre cette société. Avec mes œuvres, je veux montrer que ce morceau de charbon était jadis un très bel arbre. C’est aussi en mémoire de mes parents qui sont eux aussi devenus des morceaux de charbon, explique Krajcberg. La guerre continue : l’homme contre l’homme, contre la nature, contre la vie. Cela me laisse une tristesse incroyable. »

Frans Krajcberg, portrait d’une révolte, réalisé par Maurice Dubroca, (52 min, 2003), dimanche 22 février, 22 h 20, sur France 5. À voir aussi : l’Espace Frans-Krajcberg au Musée du Montparnasse, à Paris, inauguré en décembre 2003.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°187 du 20 février 2004, avec le titre suivant : Krajcberg ou la lutte pour la vie

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