Jeudi 13 décembre 2018

John Gage, Turner

Turner, intelligent comme un peintre

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 26 avril 2010 - 397 mots

Monographie. « J’ai fait de mon mieux pour explorer le saint des saints de la personnalité d’un grand artiste, et quand j’ai eu soulevé le voile, […] je n’ai rien trouvé d’autre qu’un homme ordinaire, un plébéien dans l’âme, si commun, […] qu’il semble tout bonnement incarner l’idée abstraite de monsieur Tout-le-monde. » La déception dont Finberg fait part dans une lettre à son fils est à la hauteur du génie dont il est en train d’écrire, à la fin des années 1930, la biographie : Turner (1775-1851).

John Gage, hôte régulier de cette rubrique, éminent spécialiste des couleurs et fin connaisseur de l’œuvre du Britannique, appartient à cette catégorie d’historiens qui, après Finberg, voient dans l’homme « un intellectuel manqué ». John Ruskin, ami et premier commentateur de l’artiste, n’aurait probablement donc pas goûté la lecture de la présente monographie que signe Gage dans la collection « Les phares » aux éditions Citadelles & Mazenod – pour l’édition française, l’anglaise ayant paru en… 1987 ! –, lui qui prévenait en son temps d’aller au-delà des seules apparences.

« Son regard perçant, ses phrases à l’emporte-pièce ne peuvent être que les marques d’une haute intelligence », écrivait le critique à propos de Turner. Sans doute la vérité est-elle à chercher ailleurs, du côté de John Constable, autre grand paysagiste anglais, qui voyait en lui un « rustre mais doté d’un esprit merveilleusement divers »… souffrant de dyslexie, prévient tout de même Gage.

William Turner n’a jamais cessé de déchaîner les passions et les bons mots au sein même de ses partisans. De Ruskin, qui lui attribua cette sentence à quelques jours de la mort : « Le soleil est Dieu ! », à Matisse, qui le décrivit vivant dans une cave pour mieux être ébloui lorsqu’il faisait ouvrir « brusquement » les volets, ils sont nombreux ceux qui le nimbèrent du brouillard de la légende.

Loin de l’approche paresseuse qui consiste à suivre le travail d’un artiste décennie après décennie, John Gage s’attache ici à redessiner les contours de Turner, l’homme et l’œuvre, dans un sommaire ciselé par une succession d’études brillantes. « Un touriste professionnel », « L’interprétation des maîtres du passé », « Le rôle des mécènes »… composent autant de chapitres d’un livre qui nous apporte au moins une certitude sur Turner : qu’il était doué d’une vraie intelligence, celle du métier de peintre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°624 du 1 mai 2010, avec le titre suivant : John Gage, <i>Turner</i>

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