Dimanche 18 novembre 2018

Graphisme

Un regard hexagonal

Par Jean-Christophe Castelain · L'ŒIL

Le 1 janvier 2006 - 406 mots

Le graphisme est si présent dans notre vie quotidienne qu’on oublie qu’il relève d’un savoir-faire subtil et élaboré. L’Histoire du graphisme en France de Michel Wlassikoff est donc bienvenue pour nous le rappeler et aussi tenter de définir ce qu’est le graphisme. L’auteur le relève à bon droit : « Est-ce une pratique puisant à toutes les disciplines ou un domaine à part entière ? » Affiches, couvertures de livres, pages de magazines, signalétiques diverses, identités visuelles : le texte entretient un rapport tellement étroit avec son contexte, qu’il semble ne pas avoir de présence par lui-même.
Et pourtant, la typographie est un art en soi. La forme des lettres peut être plus ou moins agréable à lire selon le contexte. Les affiches ont plutôt recours à des polices « bâton », réputés plus accrocheuses. En revanche livres et magazines ont longtemps privilégié les polices avec empâtement, dérivées de la police Garamond créée en 1530. Jusqu’à ce que la mode et l’esprit du temps en décident autrement. La police et le logo du nouvel œil utilisent ainsi maintenant l’Helvetica plus moderne. Preuve que la lettre a du caractère, le nationalisme et la politique s’en mêlent. Dans les années 1930, l’affichiste français Cassandre affirme la prééminence de la lettre capitale alors que l’école allemande recommande les minuscules. Plus tard, les nazis interdisent le caractère gothique, qui serait d’origine juive.

Logo et identité visuelle
Être reconnu avant d’être vu. Telle serait la mission assignée à la lettre par le marketing et la publicité. L’identité visuelle très reconnaissable de la chaîne Canal emprunte beaucoup à Mondrian, mais repose aussi sur l’emploi renforcé du texte, en l’occurrence, la police Futura en blanc dans un fond noir. Le logotype du musée d’Orsay est constitué les simples lettres M et O. Auparavant, dans les années 1970, le graphiste Adrian Frutiger fait reposer la signalétique de l’aéroport Charles de Gaulle sur la seule typographie, employant un caractère exclusif dessiné pour l’occasion, le Roissy.
Ce ne sont là que quelques exemples tirés d’un livre qui en compte des milliers. Si les textes d’introduction souffrent un peu d’un style pas assez narratif, les légendes sont plus agréables à lire. Manquent également un index complet, un tableau général des typographies et quelques explications. Mais ces petites insuffisances pèsent peu en regard de la somme que constitue cette première histoire du graphisme en France.

Michel Wlassikoff, Histoire du graphisme en France, Les Arts décoratifs, 2005, 320 p., 59 €.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°576 du 1 janvier 2006, avec le titre suivant : Graphisme

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