Exhibit A

L'ŒIL

Le 18 janvier 2008

Certaines carrières se distinguent par le refus. Celle de Guy Bourdin est, à ce titre, exemplaire : refus d’exposer à tort et à travers (il est absent des cimaises entre 1975 et 1988). Refus des médailles et des honneurs, notamment du Grand Prix national de la Photographie que voulait lui attribuer Jack Lang en 1985. Refus enfin de tout tapage médiatique, de toute complaisance éditoriale. Ce qui rend d’autant plus précieuse la publication de ce bel ouvrage, le premier, pour ne pas dire le seul, à lui être entièrement consacré. Qu’en aurait-il pensé, lui qui ne souhaitait montrer ses images que dans le cadre fugace, éphémère, des magazines ? Dans un autre ordre d’idée, que saurions-nous de Kafka si l’on avait accédé à ses dernières volontés et brûlé ses manuscrits ? Malgré lui sans doute, les photos de Guy Bourdin auront donc survécu à sa disparition, en 1991. Comme pour rappeler, à ceux qui les ont tant aimées, comment elles leur avaient apporté, au fil de plusieurs décennies de livraisons de Vogue, leur part d’émotion, leur plaisir secret à partager entre privilégiés. Ils étaient alors peu nombreux à célébrer le culte de la couleur, vive, à l’heure où le noir et blanc était perçu comme le comble du bon goût. Le nom du chausseur Jourdan est resté attaché aux campagnes publicitaires mises en scène par Bourdin, avec un sens hitchcockien de la tension, du décalage et de la surprise. Les traces de son style, copié ad libitum, sont encore perceptibles dans le flot des nouvelles tendances de la photographie de mode.

- Samuel Bourdin, Fernando Delgado, Guy Bourdin, Exhibit A, traduit de l’américain par Marie-France de Paloméra, éd. du Seuil, 208 p., 95 euros.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°534 du 1 mars 2002, avec le titre suivant : Exhibit A

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