Du côté de Samarkand

Une passionnante étude sur les ikats d’Asie Centrale

Le Journal des Arts

Le 19 mars 1999 - 470 mots

Recherchés dès la fin du XIXe siècle par les collectionneurs occidentaux, les fameux ikats d’Asie centrale, véritables tableaux abstraits tissés, exercent aujourd’hui une fascination intacte, comme l’atteste l’exceptionnel ensemble réuni par Guido Goldman. Sa publication s’accompagne d’une véritable somme sur ce sujet, qui nous entraîne du côté de Boukhara et Samarkand au siècle dernier.

“Je n’avais aucune connaissance ethnographique de la région où l’on produisait ces merveilleux tissus. J’étais simplement guidé par un attachement plastique viscéral”, explique Guido Goldman, dont la collection fournit l’iconographie de l’ouvrage. Au début du siècle, les futurs cubistes s’étaient passionnés pour les formes primitives de l’art africain, avant que des ethnologues ne viennent situer cette production dans son contexte culturel. Notre collectionneur, admirateur de Kandinsky, a suivi un itinéraire comparable et a naturellement souhaité que des scientifiques participent à la publication de sa collection, réunie depuis une vingtaine d’années. Cet ensemble exceptionnel est plus riche en tentures murales qu’en vêtements, ce qui n’est pas pour surprendre chez celui qui n’a longtemps vu dans les ikats que des “tableaux en tissu”.

“Ikat”, terme d’origine indonésienne, désigne une technique de tissage et, par extension, les tissus fabriqués selon ce procédé, dont la variété des motifs et des couleurs a fait la réputation. “La fabrication de tissus était la principale activité dans le monde islamique, notent les auteurs. Le textile était perçu à la fois comme un produit industriel de base et comme un art, mais il était aussi révélateur du rang social et de la richesse de son acquéreur.” Ces considérations éclairent l’importance, à Boukhara et dans les autres khanats d’Asie centrale, du tissage des ikats, dans lesquels s’exprime la quintessence d’une société méconnue en Occident.

Le premier mérite de cet ouvrage est d’ailleurs de faire revivre ces contrées, dont les mystères supposés ont fait fantasmer des générations d’Occidentaux et nourri quantité de récits de voyages. Kate Fitz Gibbon et Andrew Hale, qui ont enquêté des années durant en Asie centrale, se sont concentrés sur le XIXe siècle, car, avant cette époque, “le tissage des ikats semble être resté une activité relativement mineure, se rattachant à une tradition beaucoup plus vaste”, et à la fin de ce siècle, l’effondrement des khanats précipite le déclin de cet art. Boukhara, où coexistaient tant de peuples différents, Ouzbeks, Tadjik, Arabes ou Juifs, était alors, avec Samarkand et Merv, le principal centre de production, et sa place privilégiée sur la Route de la Soie n’est bien sûr pas indifférente.
Ce contexte géographique et historique mis en place, les auteurs explorent les origines culturelles et formelles des ikats, et interrogent également les significations symboliques cachées dans les méandres de ces tissus. Sans oublier les complexes procédés de fabrication.

Kate Fitz Gibbon & Andrew Hale, Ikats, splendeur des soies de l’Asie centrale, Adam Biro, 208 p., 120 ill. coul., 395 F. ISBN 2-87660-227-X.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°79 du 19 mars 1999, avec le titre suivant : Du côté de Samarkand

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